onglet_artsouk onglet_artsouk

 

med-jeune.jpg

Actualités

Ressources phytogénétiques. Le vide juridique entrave le partage équitable des avantages

Par Rachid Tarik | LE MATIN

Réf : 1127

Visites : 1355

En l'absence d'une loi, les intérêts du Maroc ne sont pas protégés.
Le Traité international sur les ressources phytogénétiques pour l'alimentation et l'agriculture a été adopté par la Conférence de l'Organisation des Nations unies pour l'agriculture et l'alimentation (FAO), en novembre 2001 et entré en vigueur en juin 2004.
Ce traité qui vise tout matériel génétique d'origine végétale a pour objectif la conservation et l'utilisation de ces ressources pour un partage équitable de leurs avantages, en conformité avec la Convention sur la diversité biologique, pour une agriculture durable à même d'assurer une sécurité alimentaire. Il vise à placer 64 des cultures principales de la planète, qui à elles seules représentent quelque 80% de notre consommation de cultures végétales, dans une banque génétique mondiale.

Par ailleurs, cet accord empêche les bénéficiaires de ces ressources de revendiquer tout droit de propriété intellectuelle sur ces plantes. Tandis que ceux qui accèdent à ce patrimoine génétique mondial par le biais du traité s'engagent à partager tous les avantages tirés de son utilisation.

Le Maroc a signé ce traité et l'a ratifié en 2007. Ce document oblige notre pays à mettre à la disposition de la communauté internationale ses collections végétales. En contrepartie, il bénéficiera de celles des autres Etats signataires. Pour pouvoir le faire, il faut une loi permettant la mise en application de ce traité à l'échelle nationale. «Il y a un vide juridique et les intérêts de notre pays ne sont pas protégés en matière de ressources génétiques à l'exportation comme c'est le cas encore dans le secteur des plantes aromatiques et médicinales (PAM).

Aujourd'hui, il faut que nous disposions d'une loi qui nous permet de gérer et de conserver les ressources génétiques pour l'agriculture et l'alimentation», indique Seddik Saidi, chef du département de l'Amélioration et de la conservation des ressources génétiques à l'Institut national de recherche agronomique (INRA).
Ainsi pour combler ce vide, l'INRA, la direction de la protection des végétaux, de contrôle technique et de la répression des fraudes (DPVCTRF), en collaboration avec la FAO et le Centre Biodiversité internationale, ont organisé dernièrement à Rabat, un atelier de  travail sur l'élaboration d'une législation nationale sur les ressources phytogénétiques.

Pour suivre le processus d'élaboration et d'approbation de la loi, les experts présents à cette rencontre ont recommandé la mise en place d'un comité interministériel. Considérant aussi que toute mise en place de législation nouvelle prendra du temps, les participants ont recommandé la mise en place des mesures intérimaires: inventaire national des collections végétales, constitution d'un réseau de banques de gènes, demande préalable pour toute collecte dans le pays, formulation de projets dans le cadre de la stratégie de financement de ce traité international sur les ressources végétales, clarification de l'application du concept de droit des agriculteurs marocains, coopération régionale, etc.

Les invités ont également appelé à l'établissement d'un comité national sur les ressources phytogénétiques et qu'une place importante leur soit accordée dans le débat sur la nouvelle stratégie du ministère de l'Agriculture pour faire face à l'impact du changement climatique. Face à cette nouvelle donne, certains pays ont commencé à réfléchir sur l'autosuffisance alimentaire. Pour ne pas rater le train, notre pays devra développer le secteur des biotechnologies pour relever les défis de l'avenir et éviter de miser sur la vente du phosphate pour couvrir l'importation de nos besoins alimentaires.

Ce n'est plus possible, car les matières premières deviendront de plus en plus chères. «Notre pays doit s'adapter aux changements
climatiques et s'intégrer dans l'économie mondiale par la promotion des cultures adaptées au climat aride et à haute valeur ajoutée comme notamment la domestication de l'arganier, du cactus, des plantes aromatiques et médicinales.

Avec la pénurie d'eau qui se profile dans les années à venir, nous ne pouvons plus continuer à exporter agrumes, tomates et autres produits qui parfois contiennent plus de 70% d'eau», ajoute M. Saidi. Enfin, il faut rappeler que ce souci de protéger le patrimoine mondial végétal remonte aux années 70. Il est né de la nécessité d'apaiser les conflits engendrés par l'accès aux ressources phytogénétiques. D'une part, la diversité biologique était surtout concentrée dans les pays en développement, dans des régions tropicales et sous-tropicales riches en biodiversité, mais pauvres en technologie et ressources financières.

D'autre part, la demande de matériel phytogénétique émanait de l'agro-industrie et des centres de recherche de pays industrialisés qui disposaient de la technologie pour l'améliorer et des moyens légaux pour tirer profit de leurs innovations en se prévalant de la propriété intellectuelle. A présent, l'avenir de l'agriculture dépend de la coopération internationale et de la libre circulation des plantes cultivées et de leurs gènes que les agriculteurs du monde entier élaborent et échangent depuis 10.000 ans. A cet égard, aucun pays ne se suffit à lui-même, mais tous sont tributaires des plantes cultivées originaires d'autres pays et régions et de leur diversité génétique.
------------------------------

Extinction

Au cours des siècles, l'homme a disposé de plus de 10.000 espèces végétales pour se nourrir. Aujourd'hui, il ne reste plus que 150 espèces
cultivées. Douze d'entre elles couvrent 80% des besoins alimentaires mondiaux et quatre -riz, blé, maïs et pomme de terre -couvrent plus de la moitié de nos besoins énergétiques.

Qu'est-il advenu des 9.850 autres espèces ? La réponse est désarmante. Soit elles ont disparu, soit elles sont vulnérables. Il faut savoir par exemple qu'aux Etats-Unis, plus de 90% des variétés d'arbres cultivés au début du siècle dernier ont disparu. Dans les années 70, l'Espagne possédait 400 variétés de melon, il n'en reste que 10 à présent. 
La Chine a perdu 90% des variétés de blé dont elle disposait encore, il y a 60 ans; le Mexique 80% de ses variétés de maïs; l'Inde 90% de ses variétés de riz et la République de Corée n'avait conservé en 1993 que 26% des cultures encore présentes en 1985 dans les jardins familiaux.

Par Rachid Tarik | LE MATIN
oliviers_rif.jpg
 

ArtSouk, Promotion du Patrimoine, de la Culture et de l'Artisanat Marocain
Siret : 451 157 200 - CNIL 881676 Copyright ArtSouk 2011
Mentions légales Contactez-nous Paiements sécurisés