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Le polisario, un projet de guerre civile ou d'une fitna

Analyse de Khalid Chegraoui / Libération

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Voilà trente ans que le Maroc a récupéré le Sahara atlantique. Avec tout ce qui a suivi comme sacrifices et abnégation de tous les Marocains et de toutes les régions du Maroc, le Sahara entre autres. Quelle lecture pouvons-nous faire de ce trentenaire et quelle vision avons-nous des séparatistes après un long chemin de discorde?

Nous sommes partis d'une demande formulée par le Maroc en 1970 et principalement en septembre 1971 en concertation avec ses voisins l'Algérie à l'époque de Boumediene et la Mauritanie à l'époque de Mokhtar Ould Daddah. L'ancien président de la Mauritanie avait aussi des visées sur le même territoire, qu'il considérait comme un prolongement naturel de son pays, chose logique en un certain sens, du moment que le Maroc également est un prolongement de la Mauritanie et vice versa. N'est-il pas vrai que les Almoravides sont issus de cet espace qu'on appelle aujourd'hui Mauritanie. Les deux pays, au fait, sont la continuité de l'un et de l'autre, comme c'est le cas entre le Maroc et l'Algérie, sauf que la logique des Etats a voulu qu'il en soit autrement: des pays et des Etats-Nations avec des frontières intangibles et statiques qui ont été érigées après la décolonisation française.

Avant que la demande marocaine soit publique, l'Algérie, tout en faisant mine de l'appuyer après l'association de la Mauritanie, commença à comploter avec l'Espagne et autres groupes locaux en vue de pousser le Roi Hassan II à ratifier au plus vite les accords frontaliers entre l'Algérie et le Maroc, avant de s'engager sur l'affaire du Sahara, outre la défiance dans les relations entre les deux dirigeants. Ce fait, nous sommes entrés dans la plus grande des contradictions, nous aspirions tous à une unité du Maghreb, sans pour autant céder sur notre sentiment national et notre droit à la différence, et la singularité de chacun et les inimitiés entre les leaders. Cela dit, nous étions dans une logique hors temps, qui se basait sur une histoire sans relation avec la mémoire et le présent qui s'impose par la force des choses à travers l'air du temps. Il faut dire aussi que l'Algérie militariste de Boumediene est allée trop loin dans ce jeu de la discorde, surtout que l'alliance maroco-mauritanienne a avorté ses visées.

Il est clair que nos voisins n'ont jamais compris notre attachement au Sahara. Personne en Afrique ne comprend cette fidélité pour cet espace désertique, de même que le monde ne pouvait comprendre le fait qu'il y ait consensus sur cette affaire, sans pour autant que les Marocains renient ce qui existait au Maroc comme différences, contradictions et oppositions au pouvoir sur des questions relevant du quotidien, et qui touchent de près le peuple et le pouvoir. Ce consensus sur le Sahara ne peut se comprendre que si l'on admet que l'espace désertique ne commence point dans les territoires récupérés en 1975. Une autre partie de ces territoires fut récupérée dans les années soixante : Sidi Ifni et Tarfaya, des territoires qui sont liés de manière ombilicale au reste du Sahara sur tous les plans: social, économique et culturel

Une autre partie de ce territoire était sous occupation française: la région de Goulimine, Tan Tan, vallée du Draa, Oued Noun et la montagne du Bani, qui ne peuvent être dissociés du reste du Sahara; même population, même culture et mêmes intérêts politiques et économiques. D'ailleurs, rares sont ceux qui savent que des leaders du polisario sont issus des territoires du Nord. Peu sont de Smara, Layoune ou Dakhla, et même ces derniers territoires ne peuvent être dissociés de leur espace vital, du fait que le Sahara depuis l'Oued Noun n'était qu'un espace de parcours, de caravanes et de pastoralisme. L'espace vital et vivrier, l'espace des marchés et des résidences, l'espace politique et culturel, c'est l'espace oasien des oueds au Sud de l'Anti-Atlas et du Grand Atlas. Ainsi l'espace désertique au Maroc couvre la majorité du territoire national. De plus, ce qui reste et en appellation géographique un espace semi-désertique ce qui nous fait dire que «ce n'est pas le Sahara qui est marocain, c'est le Maroc qui est saharien».

Ce que veut le polisario en terme absolu: un Etat sahraoui. Pour créer un Etat, il faut un peuple, un territoire avec des frontières et selon les nouvelles règles internationales un gouvernement démocratiquement élu.

Pour la première condition, s'il y a peuple sahraoui, comment le délimiter dans l'espace ? On commencera par les oasis marocaines au sud de l'Atlas, tout l'oriental marocain, tout le sud algérien avec Tindouf, le grand marché Almoggar des Rgueibat, des Tekna et des Aït Baamrane , tout le sud tunisien et l'ensemble de la Libye sauf Tripoli, tout l'ouest de l'Egypte, l'ensemble de la Mauritanie, le nord du fleuve Niger et aussi pour l'Etat du Niger et tout le Tchad sauf la région du lac. Le peuple sahraoui sur le plan anthropologique est composé d'Amazighs et d'Arabes Hassanis, tous ceux qui ne font pas partie de ces tribus ne peuvent prétendre à cette appartenance. Pour la deuxième condition, c'est un peu plus difficile, qui dit Sahara dit absence de frontières; un vrai Sahraoui possède le parcours et non la terre. Quelles frontières doit-on chercher? A titre d'exemple, pour les Rguiebat, tribu d'origine Zouaya devenue par la suite guerrière, leur parcours historique se situe entre Draa et Seguia al Hamra. Au début du XXème siècle, ils nomadisaient encore entre Draa et Adrar Tmar en Mauritanie et de l'Océan atlantique aux confins algéro-maliens. Et ce n'est qu'en 1975 que le concept de peuple fait surface dans certains de leurs cercles d'intellectuels, qui ont paradoxalement fait leur école à Agadir, Casablanca et Rabat au sein de certains mouvements progressistes marocains. Si l'on s'en tient à l'ex-Sahara espagnol, il faut y ajouter Sidi Ifni, Tarfaya et l'ensemble des localités de la province, ce qui signifie qu'on doit revenir aux frontières coloniales du début du protectorat franco-espagnol. Et si l'on pousse la logique, il faut ajouter toute la Vallée du Draa, le Oued Noun et Tan Tan et Lahmada de Tindouf, dès lors que les populations sahraouies avaient ce parcours comme espace social, économique et culturel.

Pour la troisième condition, elle n'est point évidente. Un régime politique sahraoui, selon la perception du Polisario, ne peu pas être démocratique, du fait que le leader lui-même appartient à un groupe minoritaire, certes de gens pieux El-Foqra classés troisième après les Gouassem et les Bouaïhat (auxquels appartient feu Khatri ould Sidi Said Al Joummani et Omar Al Hdrami, au sein de la deuxième fraction Rgueibat Echarq par opposition à l'autre fraction Rgueibat Essahel, dont fait partie Khali Hanna ould Errchid et l'un des principaux fondateurs du Polisario El Ouali Mustapha Sayed, tous les deux de la fraction T'Hala, et Brahim Hakim de la grande fraction des Oulad Moussa et Cheikh Biadillah de la petite fraction des Oulad Echeikh) au sein de la grande confédération des Rgueibat, Abdelaziz président de la pseudo-Rasd ne fait pas partie, des notables, son pouvoir ne repose que sur les armes et l'aide étrangère en l'occurrence celle de l'Algérie, son statut social ne représente rien au sein de la population du Sahara sur tout les plans: culturel et économique, il ne peu faire office d'arbitre, chose essentiel pour gouverner au Maghreb en général, du moment que nul n'a le pouvoir de gouverner de par la particularité du système sociopolitique local (ce qui explique les diffL'Europe, la Turquie et la Méditerranée

ficultés du régime algérien à s'imposer en Kabylie à titre d'exemple et c'est ce qui explique le passage du pouvoir sans conflit et sans opposition au Maroc à la mort de Hassan II, du moment que le pouvoir royal se conçoit dans un acte paternaliste, d'arbitrage et d'équilibre entre les forces sociopolitiques du royaume, il n'est point gouvernant ni producteur de pouvoir selon Waterbury ).

Le système politique du polisario est un système tribal sans réelles assises d'équilibre entre les forces socio-politiques sahariennes. Il ne reflète en rien cette apparence progressiste du mouvement. Le fait est que même certains membres du Polisario se considèrent comme nobles par rapport à Abdelaziz, sans poser le clivage entre amazigh et arabe, chérif et commun des mortels, et sans suivre la logique du patriarche unique, la logique historique et sociologique stipule que l'existence éventuelle d'un Etat sahraoui véhicule un projet de guerre civile à la somalienne et même pire à la «Fitna». Cela dit, les souvenirs de guerres intestines et intertribales sont toujours vivaces dans les mémoires du Sahara, car chacun, dans cet espace, à sa propre mémoire, possède sa propre vision de l'histoire. Les conflits entre Hassanis et Zouayas sont omniprésents dans le désert maroco-mauritanien. La guerre de Charbebbah fait toujours partie de la chronique historique de la Mauritanie pour donner un exemple récent.

Et si l'on tente d'observer notre espace saharien, il est inconcevable qu'un seul membre d'une petite fraction d'une grande tribu ou autre gouverne les Oulad Dlim et les Oulad Bousbaa, les Tekna et tous les Rgueibat, sans parler des autres tribus telles les Arousseiyine et les Tidrarine , sauf si on cherche à réveiller d'autres Charbebbah, dont on trouve plusieurs équivalents entre les tribus précitées.

Le Sahara dans sa grandeur et son étendue, dans sa poésie, sa complexité et sa simplicité a été à l'origine de l'Etat au Maroc même si «c'est l'antichambre du pouvoir au Maroc», toutes les dynasties marocaines sauf les Idrissides sont venues du Sud.

Et toutes ces dynasties, avec leurs légitimités religieuses ou sociales, ont toujours fait en sorte que l'équilibre entre les différentes forces complexes de notre société plurielle, par ailleurs, soit maintenu dans le respect et la paix sociale, et une certaine autonomie locale avec un droit à la différence et à la singularité culturelle et sociale dans un cadre national global et associé.

*Institut des Etudes Africaines
Analyse de Khalid Chegraoui  / Libération

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