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REPORTAGE - Etre juif au Maroc (Partie 1)

Mahitab Abdel RAOUF www.lepetitjournal.com - Casablanca 20-08-07

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Entre sentiment d’insécurité et contraintes économiques, l’immigration des Juifs marocains ne discontinue pas. Le Judaïsme marocain est dans l’impasse et ses adeptes craignent de voir leur communauté s’éteindre avec le temps et donc rayer de la carte du royaume chérifien.

Il est à la rue «Moulay Ismail» à Rabat. Esther Peretz, une vieille dame de 80 ans, est assise toute seule dans un coin sur les marches de la plus grande synagogue de Rabat «Talmud Torah». Echarpe à la tête, visage buriné, pâle et triste, elle parait inquiète, troublée et ne cesse d’observer les passants dans leur va-et-vient. A chaque fois que quelqu’un s’approche des marches, elle se met debout et prend un air affolé bien qu’elle reste inaperçue pour les gens. Elle attend que la synagogue ouvre ses portes à  «Esther habitait au quartier El Mellah et lorsque le plafond de sa maison s’est effondré elle a cherché refuge chez nous», indique Marie, la secrétaire de la synagogue sur un ton irrité. Cette vieille dame juive est née à Salé, une ville séparée de la capitale du royaume par le fleuve Bou Regreg. «Je n’ai jamais trouvé une forte raison qui me pousse à quitter mon pays natal comme tous mes proches partis en Israël », murmure l'octogénaire dont les yeux se sont embués de larmes.

La communauté juive au Maroc s’est réduite avec les années et compte aujourd’hui moins de 5.000 personnes dont moins de deux cents à Rabat, selon les chiffres du Conseil des Communautés Israélites du Maroc.

Tout près de la synagogue «Talmud Torah», se trouve El Mellah de Rabat. C’est un ancien quartier entouré de murs, à plusieurs accès, autrefois réservé aux juifs, qu'ils ont déserté par la suite. C’est une sorte d'enclave ayant son propre cachet en comparaison avec les autres quartiers en raison de son ambiance animée par des commerçants, des marchands ambulants et autres activités qui sont disséminés dans ses ruelles qui grouillent de chalands.

280 000 personnes
Des petites échoppes se jouxtent un peu partout, les boulangers, volaillers, poissonniers, vendeurs de tissu, de légumes etc. s’époumonent pour attirer la clientèle. Une odeur répugnante se dégage de ce quartier populaire dont les bâtiments ne dépassent pas trois niveaux.

«Nous étions les rois du Mellah mais tout a changé pour nous et nous ne sommes aujourd’hui que deux familles dans notre ex-quartier», regrette Menahem Dahan rabbin de la synagogue de Mellah.

Suspicieux au départ, il nous ouvre enfin la porte de sa maison. Des ornements et photos de figures du judaïsme couvrent les murs. Au centre d’une table est posée une Torah richement décorée. La servante, les meubles, les corbeilles de fruits sur les tables du salon et son costume élégant montraient bien qu’il mène une vie aisée par rapport aux habitants de son quartier.

Kippa à la tête, il prend place sur un canapé arabe et commence à raconter son histoire. Natif de Mekhnès, Dahan poursuivit ses études universitaires en France avant de se rendre en Israël ou il a décroché un diplôme. Ce n'est qu'après qu’il décida de rentrer au pays, laissant derrière lui son père et ses frères qui ont émigré en Israël dans les années 60.

«Israël n’était pas le luxe dans le temps. C'est pourquoi j’ai préféré rester tout seul dans mon pays où j’ai enseigné l’Hébreu dans les écoles», explique le rabbin.

Le quinquagénaire David Toledano, Secrétaire général de la communauté hébraïque de Rabat, explique qu’avant les années quarante la population juive marocaine comptait près de 280.000 personnes. Après la création de l’Etat d’Israël en 1948, plus de 90.000 sont parties pour

«la terre promise» par la Bible et le rêve de tous les juifs. La deuxième vague est intervenue avec l’indépendance du pays en 1956, le départ des Français étant perçue comme une menace à leur sécurité.

Exode
Au début des années soixante, les Etats-Unis en collusion avec le Maroc ont exploité la famine qui sévissait dans le pays pour inciter à l’immigration vers Israël, ce qui d’ailleurs s’est traduit par le départ de 10.000 juifs marocains, fuyant la misère.

«En 1961, la fameuse visite du leader égyptien Gamal Abdel Nasser à Casablanca, s'était accompagnée de manifestations antijuives qui ont entraîné l’exode de juifs craignant la montée du nationalisme arabe» se rappelle le directeur du Musée du Judaïsme Marocain de Casablanca et Secrétaire général de la Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain, Simon Lévy.

Puis vint la guerre des Six jours (1967) qui s’ensuivit d’un exode de la moitié des quelque 70.000 juifs marocains. Le Secrétaire Général du Conseil des Communautés Israélites du Maroc et Président du Rassemblement Mondial du Judaïsme Marocain, Serge Berdugo, souligne que les juifs marocains n’ont jamais été forcés à quitter le pays mais c’était Israël qui s’est employé à les séduire par les promesses d’une vie meilleure

. «La diaspora marocaine compte un million de personnes, dont 600.000 en Israël et 400.000 autres à travers le monde, a t-il précisé, les plus aisés partaient en Europe, au Canada et aux Etats-Unis.»

Aujourd’hui ce sont surtout les problèmes économiques qui poussent à l’immigration.

«Je ne peux pas dire à un jeune de s’attacher à son pays natal s’il a trouvé mieux ailleurs», déplore Berdugo dont le fils s’est établi en France.

Après le bac, les juifs marocains partent étudier à l’étranger, épousent de nouvelles cultures et ne rentrent au Maroc que pour retrouver leurs proches.

Même ces retrouvailles familiales se font rares maintenant" se plaint Dahan, attristé de voir les synagogues quasi-désertées, «J’ai mal au coeur de voir qu’il s’annonce difficile de réunir le nombre minimum de dix fidèles pour l'accomplissement de la prière». 

Mahitab Abdel RAOUF
Reportage parrainé par la Fondation Anna Lindh
www.lepetitjournal.com
Casablanca lundi 20 Aout 2007.

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