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Association

Un ksar revit, une ville renaît .

Sana Guessous. La Vie éco

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Dans la région de Guelmim-Es-Smara, la petite ville d’Assa n’a d’autres atouts que sa luxuriante palmeraie et un ksar séculaire. Un site longtemps menacé que l’Agence du Sud a sauvé de l’oubli, grâce à un projet de restauration.

 

Il faut de sacrées jambes pour suivre Salima Naji dans ce labyrinthe de ruelles brunes orangées. «Venez vite ! Le soleil va bientôt se coucher», lance l’architecte avec une vivacité et une grâce que rien n’entame, ni les couches de poussière sur son manteau, ni même le vent taquin qui lui ébouriffe les cheveux. «Voyez cette grosse pierre, qui soutient le lit de cailloux, là, en bas. Vous croyez que quelqu’un peut soulever ça à mains nues, de nos jours ?», raille-t-elle.

 

Et d’enchaîner, l’œil pensif et le nez en l’air : «Avant, les artisans s’agenouillaient pour prier, puis se mettaient à la tâche. Ils se plaçaient sous le regard de Dieu, sous sa surveillance, pour ne rien bâcler. Ils faisaient un travail extraordinaire. Aujourd’hui, on va plus vite. Forcément, on est beaucoup moins consciencieux».
Nous sommes au Ksar d’Assa, édifié aux alentours du XIIe siècle, selon les historiens. «Léon l’Africain, les géographes arabes classiques, Mokhtar Essoussi font mention de ce lieu, assure Salima Naji. Plus près de nous, le professeur Mustapha Naïmi l’évoque dans ses ouvrages».

 

Sans les gens, pas d’architecture

De vieilles légendes, elles, parlent d’une guerrière nommée Nouna qui aurait, il y a fort longtemps, régné sur ce village millénaire du Sud marocain. Trois hectares de dédales, de greniers et de chaumières, que Salima Naji arpente hardiment depuis six ans, examinant le moindre relief, s’étouffant de rage chaque fois qu’une flèche grossièrement peinte en blanc surgit sur un mur, comme une balafre. «Il fallait voir ce ksar en 2005, se souvient l’experte. Il était abîmé. Ma grande fierté est d’en avoir restauré les parties collectives sans jamais recourir au béton.» Les matériaux contemporains sont-ils bannis pour autant ? «Pas forcément. Pour le sol, j’utilise le ciment que j’aime bien, par exemple. Les procédés modernes peuvent être utilisés, à condition qu’ils s’harmonisent avec les techniques vernaculaires».

 

Comprenez les matières propres à une région et à une époque données. Le pisé, la pierre, le bois, les tiges de palmier, Salima Naji en raffole : «Les techniques durables marocaines (terre et pierre), éminemment locales, sont pour moi très savantes et pleines d’intelligence. Mon rôle est de les adapter aux besoins contemporains». Plus volontiers anthropologue qu’architecte. Car oui, elle est les deux à la fois. «L’important n’est pas de restaurer une coquille vide, mais de restituer aux populations un espace qui soit aussi un écrin à des manifestations sociales dites immatérielles. C’est là, pour moi, la clef d’une bonne restauration», explique l’érudite en baissant la tête pour s’engouffrer dans une minuscule porte, un peu comme une trappe.

 

Omar Sghir l’attend ici, à la zaouia Agrarim. «Les portes sont petites parce qu’il faut se prosterner à l’entrée, par respect pour le Siyed», explique l’homme qui s’improvise conservateur de ce «musée», sorte de maison d’hôte à vocation religieuse. «Je suis l’un des descendants du saint Mohamed Sghir. Cette maison, j’y ai vécu longtemps et je connais son histoire. C’est dans ce four que les voisines venaient cuire leurs plats. Ici, au rez-de-chaussée, ma famille accueillait les gens lors des festins des “maâroufs” ou des moussems. La prière avait lieu au premier étage».

 

Des familles, constituées en associations, se réapproprient le ksar

Depuis que la zaouia a été remise à neuf, Omar et les siens viennent y passer leurs journées, à l’abri du soleil cuisant, mais n’y dorment pas encore faute d’eau courante : «Nous avons l’électricité, déjà. Le reste n’est plus qu’une question de temps». Une ruelle plus loin, nous rencontrons Paul et Philippe, sortant d’une maison d’hôte en cours de finition : «Nous sommes aubergistes en France. Nous sommes venus voir si des voyages organisés au ksar pouvaient être programmés prochainement».

 

 


Exactement ce que souhaitaient Salima Naji et Ahmed Hajji, le directeur de l’Agence du Sud qui, en 2005, a contacté la jeune femme pour entamer la restauration. «L’objectif, au-delà de la réhabilitation patrimoniale, était de créer un lieu de développement local, capable à la fois de former des maîtres artisans qualifiés et d’attirer les flux touristiques», explique l’architecte.

 


Sans les gens, pas d’architecture, voilà le mot d’ordre. «C’est la communauté qui fait le lieu, insiste Salima Naji. Il faut discuter avec les familles propriétaires pour comprendre leur vision du ksar, pour bien connaître les usages du lieu et le passé. Réfléchir en groupe, construire ensemble le projet. C’est ainsi que nous avons procédé avec les Ihchach sur le haut du ksar».

 


Saïd Ihchach est là, assis sur un tapis à siroter tranquillement son thé, au sommet du «borj», de la tour. «J’ai habité ici avec ma famille jusqu’en 1993. Ensuite, nous avons déménagé au centre-ville d’Assa, où il y avait l’eau et l’électricité» Les Ihchach sont de retour au ksar depuis 2008, où leur maison a été transformée en «Musée historique d’Assa», près duquel ils comptent bientôt ouvrir un café. Et ils ne sont pas les seuls. «Sur les trois cents familles qui vivaient ici, cinq ou six sont revenues», s’enorgueillit Saïd.

Toutes se sont constituées en associations : les Anzid s’apprêtent à lancer une maison d’hôtes de luxe, les Ahayk un restaurant, les Illi un petit gîte et les Lassaoui un musée du palmier. «Les autres familles suivront, promet Saïd Ihchach. Dès qu’elles auront des activités ici, j’en suis sûr».

Sana Guessous. La VieEco

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