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coranGhazzali.jpg Ma première rencontre avec le Professeur Déroche, considéré comme le premier spécialiste mondial des corans anciens, a lieu à l’issue de son cours de codicologie à la Sorbonne.
 

L’homme a une sympathique allure de "Professeur Cosinus", les cheveux en bataille, les pensées souvent absorbées par des réflexions qui échappent au commun des mortels que je suis...

Après une brève phase de méfiance, son œil s’éclaire rapidement de la flamme de la passion quand il parle de ses recherches sur les corans primitifs. Je lui parle de mes recherches et de mes découvertes, il accepte le principe d’une interview. Cette interview a lieu le huit décembre 2003, dans un café parisien. J’en ai longuement préparé les questions en étudiant toutes les publications disponibles sur le sujet et en particulier les ouvrages du maître.

« Le carbone quatorze est effectivement une ressource, qui maintenant devient d’autant plus intéressante pour le manuscrit ancien copié sur du parchemin, que les échantillons dont on a besoin ont considérablement diminué de taille. Il y a de ça une trentaine ou une quarantaine d’année, il fallait une demi-page de parchemin pour obtenir une datation, actuellement, un centimètre carré permet d’obtenir le même résultat. Il devient beaucoup plus facile d’y recourir car on peut convaincre un conservateur de sacrifier un tout petit morceau de marge, sans que le manuscrit en souffre énormément. »

Le parchemin est un matériau qui est résistant, il traverse les âges. Un ennemi c’est bien sûr le feu ; le parchemin ne brûle pas très bien, mais dès qu’il y a un incendie, ça brûle. L’humidité, en revanche, est beaucoup plus ennuyeuse. L’expérience de Sanaa montre qu’un restaurateur moderne peut réussir à retourner une situation qui a l’air désespérée : Ursula Dreibholtz qui travaillait sur cette collection a mis au point des techniques qui permettent de redonner leur jeunesse à des fragments qui étaient complètement recroquevillés sur eux-mêmes à la suite de longues séries d’écarts d’humidité importante comme on en a au Yémen où il pleut et après ça il fait très sec.

Ces manuscrits sur parchemin se conservent donc bien, l’encre peut avoir tendance à s’effacer. Tout dépend de la recette utilisée. À l’époque on utilise plutôt des encres avec un mélange de tanin avec un sel minéral, qui s’accroche relativement bien au parchemin, mais pas totalement. Dans certains cas, l’écriture a pâli, et dans le cas du fragment de la Bibliothèque Nationale Arabe 328 a, on remarque que des gens, un ou deux siècles après, ont repassé certains mots pour les rendre plus lisibles. Donc il y a une possibilité d’effacement. L’état de conservation est extrêmement variable, mais je dirais, à tout prendre, en ce début de troisième millénaire, la santé de ces fragments est meilleure qu’il y a de ça un siècle.

Ces manuscrits sont désormais à l’abri dans des colletions. À la BNF, les efforts de restauration ont surtout visé à nettoyer le parchemin, à le mettre à plat ; la collection Asselin de Cherville qui constitue le gros du fond de corans anciens de la BNF, a été reliée au XIXe siècle sans que les restaurateurs modifient sensiblement leur état. Plus récemment, à Sanaa et à Kairouan, le nettoyage et la remise à plat ont représenté l’essentiel d’une intervention très respectueuse du matériel. Il faut cependant noter qu’un nombre important de copies du Coran de cette période ont disparu au cours des âges : j’en veux pour exemple, toujours dans la collection de Paris, des petits bouts de parchemins conservés sous les cotes Arabe 7191 à 7203.

 (…)

Je pense pouvoir considérer que mes recherches ont été couronnées de succès ce qui me procure une grande satisfaction : les données actuelles de la science confirment une grande partie de la conviction des musulmans de détenir le texte original du Coran, d’inspiration divine.

Ce n’est pas la première fois que je constate, après étude approfondie, qu’il n’y a pas de contradiction majeure entre les données actuelles de la science et ma foi musulmane. L’islam est du domaine de la foi, la science est du domaine de l’expérimentation, ma foi ne dépend pas de la science mais il est intellectuellement satisfaisant de vérifier que les deux ne sont pas en opposition. Dans ce cas précis, je peux affirmer que l’étude de la science a fait croître ma foi.

Mes recherches m’ont mis en contact avec des exemplaires publics des corans anciens. Je reste convaincu qu’il ne s’agit que de la face apparente d’un iceberg dont la face cachée se trouve, à l’abri des chercheurs, dans des collections privées.

"Allez chercher la science, même si elle est en Chine" dit un célèbre hadith prophétique. Mon expérience me prouve que cet ordre pouvait être la source de grands bonheurs.

Et à propos de la Chine et de corans anciens, il me faut rappeler qu’une dépêche récente de l’agence Xinhua, reprise par le "Quotidien du peuple" du 11 octobre 2004 tirait la sonnette d’alarme sur l’état désastreux des plus anciennes copies du coran conservées en Chine et qui nécessitent des restaurations d’urgence. Une perspective de nouvelles aventures ?


Par Dr. Abdallah Thomas Milcent

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Crédit photos   Corans anciens

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