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«Le Maroc et le monde Arabe» de Abdellatif Filali. Un témoignage lucide sur 50 ans d'histoire du Maroc

24.04.2008 LE MATIN

Réf : 1089

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Ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, plusieurs fois ambassadeur et grand commis de l'Etat, Abdellatif Filali vient de publier un livre de 300 pages sur cinquante ans de l'histoire du Maroc : «Le Maroc et le monde Arabe».
La lettre majuscule du mot «Arabe» nous prévient à l'évidence, d'emblée, qu'il ne s'agit pas là d'un simple adjectif…Mais d'un nom et, à coup sûr, dans l'esprit de l'auteur d'une exigence à connotation politique évidente, sorte de prise de conscience et comme disait Emmanuel Kant, «l'horizon de l'action est l'instauration d'une paix perpétuelle et du droit international». Abdellatif Filali décrit, décortique et analyse une histoire qui s'apparente à une longue chronique, où son destin personnel sert, avec une quasi- pudeur, de fil d'Ariane. Tant et si bien que l'on peut invoquer un parallélisme entre la destinée d'un homme et l'histoire d'un pays qu'il a servi et défendu pendant sa carrière au long cours.

Hubert Védrine, ancien ministre français des Affaires étrangères, qui a préfacé l'ouvrage, parle d'un homme qui a servi son pays avec loyauté mais qui, avec une exigence intellectuelle affichée, n'en démord pas de le voir hissé sur le podium des nations modernes.

Dans l'avant-propos, soit quelque quatre pages, l'auteur nous fait replonger avec une pudeur à toute épreuve dans le cours de sa vie profonde, sa jeunesse, sa famille, sa culture et ses premières armes. Le ton est le même, direct, peu enclin à la métaphore ou à la fioriture. C'est une langue d'une limpidité voulue, concise et alerte. Il n'y a sacrifié à aucun lyrisme. Ce qui n'empêche nullement de voir à quel point l'homme qui dirigea la diplomatie marocaine pendant quelques années, était non seulement féru de culture arabe et islamique, mais imprégné fortement de plusieurs autres, y compris le latin…Et c'est justement pour avoir intégré cette multiculturalité et s'y être glissé comme dans un monde aux différences avérées, que Abdellatif Filali revendique pour le Maroc, pour son pays la singularité.

«La franchise exige de dire que l'histoire du Maroc ne se confond pas avec celle du reste du monde arabe» ! L'apophtegme nous est lancé d'emblée comme pour nous alerter. Il se fait éclaireur et vigile. Et de fait, tout au long de son livre, il s'en tiendra à ce principe que le Maroc, en dépit de la proximité ou des proximités qui le bordent, maghrébine et arabe, africaine et européenne, ne peut jamais se fondre dans aucune sphère sans revendiquer sa personnalité. Et si sa plume trempe profondément dans quarante trois ans et quelques mois de l'histoire de la colonisation, c'est pour mieux nous éclairer sur la suite des événements, ceux de l'indépendance signée à la fois à Paris et à Madrid, c'est pour mieux affiner une mise en perspective qui nous ramène à la période moderne.

La singularité du Maroc est quasi obsessionnelle chez Abdellatif Filali, parce qu'elle est sa richesse. Le projecteur qu'il braque sur le demi siècle tourmenté de l'histoire du Maroc ne fait aucune concession à la subjectivité, quand bien même le recours au «je», à la «première personne», donnerait à penser qu'il se place au cœur du sujet. Car, se faisant mémorialiste, il nous livre en «live » à la fois le contenu des événements et son sentiment. Les pages sur les relations avec l'Algérie sont exquises, de par leur originalité même et la richesse du témoignage. Il y dresse un portrait d'une rare qualité d'un Ahmed Ben Bella, comme taillé à la serpe, mélange de contradictions et d'inexpérience naïve d'un «leader » que les dramatiques circonstances avait fabriqué, venu à la politique sur le tard et pourtant responsable de la «guerre des sables » de 1963, responsable aussi d'avoir enfoncé son pays dans l'illusoire et étrange concept de «souveraineté intégrale».

Dans la foulée, au fil d'une lecture passionnante et captivante, nous en venons à ce problème du Sahara qui oppose depuis plus de trois décennies le Maroc à l'Algérie. Abdellatif Filali, dans un croquis saisissant, nous en livre la vérité divine, celle de Abdelaziz Bouteflika, alors impénitent chef de la diplomatie algérienne.
Nous sommes en 1972 et le Maroc était engagé dans un bras de fer avec l'Espagne et confronté aux rêves crépusculaires d'un Caudillo caparaçonné du projet de référendum d'autodétermination au Sahara. Abdellatif Filali nous raconte la scène d'un petit déjeuner où Abdelaziz Bouteflika, sans ambages mais sans pudeur non plus, lâchera une phrase qui constitue depuis toujours l'articulation imperturbable de la politique algérienne : « Le territoire du Sahara, affirmait Bouteflika, doit être décolonisé le plus rapidement possible. Il peut revenir au Maroc ou à la Mauritanie. Il peut aussi aller à l'Algérie.

L'essentiel est de le décoloniser». N'étions-nous donc pas suffisamment avertis des intentions mais aussi des proclamations vertueuses de l'Algérie ? Que l'auteur nous la rapporte à présent éclaire encore mieux un contexte où, pour y avoir mal géré sa politique, le Maroc ne peut que s'en mordre les doigts. «Malheureusement, dit-il, la vie est ainsi faite et les erreurs se payent. Le Maroc a obtenu son indépendance de la France et de l'Espagne sans régler le problème de ses frontières. Voilà l'erreur qu'il paye aujourd'hui.

Les choses auraient pu prendre une autre voie. C'était possible en tout cas avec la France». Prémonitoire ? Mieux: lucide et la réflexion se mesure à l'aune d'une actualité du siècle nouveau.

Ce chapitre à lui seul constitue une somme, le rappel des événements y sert de fil conducteur mais c'est l'analyse pertinente, appuyée sur une réflexion de Abdellatif Filali qui nous éclaire rétrospectivement sur la réalité d'aujourd'hui. Comme s'il démontait une psychologie collective des dirigeants algériens qu'il connaît apparemment bien pour les avoir « pratiqués », transformés en paranoïaques anti-marocains.

A ce niveau-là, le regard qu'il jette sur le différend maroco-algérien et au-delà sur l'incapacité du Maghreb à se faire, enfin sur la problématique du monde arabe participe d'une même lucidité politique : l'impossible réalisation d'un monde diffracté parce que tourmenté et traversé par des vents violents et contradictoires. Et, là encore, est soulignée par inadvertance la singularité du Maroc dont la proximité avec l'Europe peut éventuellement constituer une manière d'alternative mais, en revanche, ne saurait être l'idéal rédhibitoire.
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Autobiographique

Le chapitre consacré à sa vie active, tout au long de années passées au service de l'Etat et en tant que ministre des Affaires étrangères et Premier ministre de feu S.M. Hassan II, porte la marque d'une grande perspicacité. Abdellatif Filali la décrit avec passion, une objectivité remarquable, sans pourtant se départir d'un regard critique qui donne au livre une tonalité originale. Autrement dit, dans l'exercice difficile de mémorialiste, il a exprimé sa propre idée sur tout ce qu'il raconte, parfois même avec une sorte d'amertume mais constamment avec la courtoisie qu'on lui connaît et surtout la liberté de jugement que le public -contrairement à ceux qui lui étaient proches- méconnaissait. On remarquera, pudeur oblige, non sans intérêt aussi que sur un certain Driss Basri, il n'y a pas un seul mot…Mais l'inimitié, disons le décalage intellectuel avait ses raisons que la raison ne connaît pas.

L'humilité des grands commis de l'Etat ayant vécu à l'épreuve du temps et des circonstances exceptionnelles est le signe majeur du livre de Abdellatif Filali.
Comme pour en renforcer la conviction profonde, chevillée au corps chez lui, il souligne la singularité du Maroc dans sa conclusion et invite les générations nouvelles à prendre en charge cet exaltant héritage de modernité qu'incarne S.M. Mohammed VI. Abdellatif Filali restera toujours imprégné de l'espoir pour son pays. C'est un livre majeur qu'il vient de commettre, un témoignage d'une forte résonance, un plaidoyer «pro domo» pour son pays. arbr_savoir2.jpg
 

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