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9_02.jpg Son président, jeune de 26 ans de Dakhla Mohamed Fadel Barikallah, est enseignant dans des écoles traditionnelles « madariss atiqa ». Le fait de ne pas être bardé de diplômes ne l’a pas empêché de porter en lui le souci de protéger, conserver les vieux manuscrits de la famille dont certains sont assez détériorés.
Son père fait partie des Saharouis revenus au Maroc en 1998 après tant d’années d’errances entre les camps de Tindouf, de Lahmada et une région au nord de la Mauritanie un lieudit Amsserd où Mohamed est né.

En 1998 Mohamed Fadel avait juste 17 ans. Son père Mohamed Ouled Lhaj enseignait l’arabe du temps de la colonisation espagnole depuis 1961 jusqu’à 1975 à Dakhla ex-Villa Cisneros. Il avait hérité dans sa famille de nombreux manuscrits qu’il a transmis à ses enfants. Malgré les péripéties des années d’errance, il a gardé les manuscrits, un bien lourd fardeau dans ses déplacements. Il s’agit de près d’une centaine de manuscrits, selon Mohamed Fadel, dont l’âge de certains remonte à trois siècles. Certains sont entièrement conservés d’autres il n’en reste que des fragments. Ces manuscrits traitent de différentes disciplines dont le fikh, l’exégèse du Coran, la grammaire arabe, la poésie hassanie et autres, de l’histoire, des correspondances, droit, documents de règlement de conflits entre tribu Rguibat, Zerguiyyine, Oulad Dlim etc. Parmi les noms d’auteurs de manuscrits il y a Mohamed Ouled Talba mort et inhumé dans la montagne nommée Entajat, le Cheikh Mohamed el Mamy né en 1781 et a vécu à Oued Eddahab inhumé à Ard Tirs Achguig Laadam. Sa zaouia se trouve à quelques 300 kms de Dakhla.

Il y a deux catégories de manuscrits, ceux qui sont des copies de traités de différents auteurs de divers horizons géographiques. Ils étaient copiés par des copistes pour constituer une bibliothèque en l’absence d’imprimerie et d’autres qui sont des copies qu’on dit originales d’œuvres écrites par des auteurs de la région ou de la tribu.

« Des manuscrits se perdent à cause des conditions de vie des bédouins, la multiplicité des déplacements et la guerre des sables a joué aussi un rôle important dans la perte de beaucoup de pièces précieuses » soutient Mohamed Fadel. La guerre a causé plus de précarité dans le déplacement des populations.

« Les tribus nomades en se déplaçant avec leurs troupeaux emportent avec elles tout ce qu’elles possèdent. Parmi le patrimoine déplacé il y avait parfois des manuscrits qui sont entreposés dans des caisses. Le transport se fait de manière très précaire et l’on est exposé à des risques comme en hiver en cas de pluie »

Mohamed Fadel, qui lui-même hérite une bibliothèque de manuscrits de son père, se souvient comment pendant des années ce patrimoine était transporté avec des moyens de fortune, exposé aux aléas et toutes sortes de dangers dont les intempéries. Une histoire à raconter avec ces manuscrits, patrimoine hérité de père en fils, dont on n’accepte pas à se dessaisir sous aucun prétexte.

Fatima-Zahra Chuaïb membre de l’Association Jalwa raconte comment à son retour de Tindouf en 1998, le père de Mohamed Fadel montrait ses manuscrits avec fierté comme des trésors inestimables. Il passait des nuits blanches à parler de son trésor. Il n’a pas hésité à présenter quelques spécimens de ses manuscrits pour le Prix Hassan II.

Nombre des ces manuscrits furent d’ailleurs par la suite présentés par ses fils en concours au prix Hassan II des manuscrits de patrimoine et furent récompensés, pas moins de 7 fois depuis 2001.

L’association Jalwa, première du genre dans les provinces du sud, a attiré l’attention du public lors du festival de Dakhla au mois de mars 2007 avec une exposition d’un grand nombre de manuscrits. Faisant suite à cette première apparition, une deuxième exposition est en préparation avec la Faculté des Sciences Université Hassan II de Casablanca au mois de mai prochain. Le but de la venue vers Casablanca c’est pour faire connaître à un plus grand public un aspect de la culture écrite du Sahara qui a perduré pendant des siècles. Faire connaître mais aussi faire du plaidoyer pour la préservation de toute une culture autour du patrimoine des manuscrits, aussi chercher des partenaires, des chercheurs ou des institutions, pour aider à promouvoir un intérêt scientifique pour ce patrimoine culturel, l’évaluer de manière précise. Tout un mouvement de démarche humaniste qui se traduirait par la prise en charge des manuscrits à travers des recherches qui permettraient une véritable reconnaissance.

« C’est sans aucun moyen sinon des encouragements symboliques que l’association vit. Nous voudrions une assistance et un partenariat avec le ministère de la Culture pour la création d’une institution locale pour la protection, la conservation et la restauration des manuscrits. Nous avons trouvé beaucoup de familles qui refusent de montrer des manuscrits anciens parce que généralement on nourrit un rapport affectif aigu avec cet objet familial, sans compter que les gens n’ont pas confiance. Il y a un climat de suspicion, les gens sont mal informés ils ont peur d’être dépossédés de leur bien au profit de tiers. On ne comprend pas encore le caractère spécifique de patrimoine et héritage culturel »

L’association aussi a pris fait et cause pour un tout autre aspect qui est la culture orale ancienne. Celle-ci est en train de se perdre avec la disparition des modes de vie anciens au fil du développement effréné des agglomérations urbaines qui ont connu un développement extraordinaire en peu de temps, une explosion démographique à Laayoune, Boujdour, Smara, Dakhla, un changement de mœurs, une jeunesse débordante dans ces villes tournée plus sûrement vers l’Atlantique que vers l’intérieur du Sahara.

« Les infrastructures de base dans les villes ont permis l’éclosion d’une nouvelle dynamique avec les jeunes qui quittent le mode nomade, attirés par l’espace urbain » soutient Fatima-Zahra Chuaïb coordonnatrice de l’association Jalwa au niveau de Casablanca. Elle avait depuis 1992 travaillé bénévolement dans la détermination de l’identité des habitants du Sahara au niveau de la capitale économique et autres villes.

« Des changements très positifs ont été réalisés pour l’avenir des habitants du Sahara avec le développement urbain mais il y a cette culture orale qui s’en va et qu’il faudrait recueillir tant que ses détenteurs sont encore parmi nous. Une grande richesse de culture orale est en train de se perdre »

Saïd AFOULOUS
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