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Les marocains

Que sont devenus les anciens mineurs marocains ?

Philippe Vincent-Chaissac, L'Écho du Pas-de-Calais n°89

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Personne n’ignore aujourd’hui, dans notre région, ce que les Polonais ont apporté aux mines. Pas sûr qu’il en soit de même pour les Marocains. Pourtant les conditions dans lesquelles s’est effectué leur recrutement par les HBNPC sont sensiblement les mêmes. Et leur contribution à l’économie du Nord et du Pas-de-Calais n’est pas moins méritante.

Aux confins de l’Atlas
S’appuyant sur un contrat passé entre l’État français et le Royaume du Maroc, les recruteurs qui connaissaient le pays pour y avoir vécu au temps du Protectorat, sont allés prospecter aux confins de l’Atlas, du côté de Marrakech, Ouarzazate, Agadir ou Taroudant. Avec un nom qui revient souvent : M. Mora qui a joué un rôle important dans ce recrutement effectué avec le concours des autorités locales.
Taroudant est la commune d’où est originaire Abdellah Samate, président de l’Association des mineurs et anciens mineurs marocains située à Dechy.

Comme lui en 1963, des milliers de jeunes Marocains, vivant dans une ruralité profonde, illettrés pour la plupart, se sont laissés convaincre d’aller travailler en France dans les mines de charbon, essentiellement en Lorraine et dans le Nord - Pas-de-Calais. « Une main-d’œuvre pas chère, autorisée et encadrée… Mais on a oublié qu’il s’agissait d’êtres humains » dit M. Samat.


Au contraire des Polonais qui, pour nombre d’entre eux avaient travaillé dans les mines de Westphalie, les Marocains ne connaissaient rien aux métiers de la mine, rien des risques qu’ils couraient, rien de la silicose. Ils ont été mis au travail sans ménagement, envoyés sur les tâches les plus rudes, dans les endroits les plus dangereux. Et pendant des années, sans doute un peu naïfs, ils n’ont rien dit, travaillant toujours plus pour gagner plus.

Contrat de 18 mois
Pour mieux les maîtriser et prévenir d’éventuelles revendications, à partir de 1967, ce sont des contrats de 18 mois qui étaient proposés. Le moindre faux pas et c’était le retour au pays. Même chose en cas de maladie, silicose, surdité… 90 % des personnes concernées ont signé ; incapables de se défendre. « Ce contrat a fait des dégâts jusqu’en 1980 » poursuit M. Samate. Et les mineurs marocains n’avaient rien à attendre de leur roi, Hassan II à l’époque, soucieux de normaliser les relations entre les deux pays ébranlées par l’affaire Ben Barka.

Grève de deux mois
Progressivement, les mineurs marocains ont pris conscience de la discrimination dont ils étaient l’objet. En 1980, éclate une grève qui n’était pas « officielle » puisque les mineurs marocains n'étaient pas syndiqués. Pas toujours bien comprise, elle a néanmoins permis de faire avancer les choses. Enfin, les Marocains se voyaient accorder le statut de mineur qui leur avait toujours été refusé. La chose était extrêmement importante car du même coup ils obtenaient le droit au congé de reconversion, aux pré-retraites, à la retraite… à un moment où les puits de mine fermaient les uns après les autres.

Mais c’était un leurre car les mineurs marocains remplissaient très rarement les conditions nécessaires. Des aides au retour étaient également accordées mais ceux qui en ont bénéficié ont très vite déchanté… Les sommes allouées étaient très largement insuffisantes pour se réinstaller au pays. Et la détresse dans laquelle ils se sont retrouvés, a découragé nombre de ceux qui étaient encore en France. Les silicosés ont même vécu des moments terribles. Dans l’impossibilité d’être soignés, sans oxygène, les plus atteints sont morts étouffés quelques mois seulement après leur retour.


D’où cet autre conflit qui a éclaté en octobre 1987, lorsque les Houillères ont incité les mineurs marocains à accepter l’aide au retour. La grève a été très dure. Elle a duré deux mois. Les puits étaient bloqués, le charbon ne pouvait plus remonter. Mais elle a permis d’obtenir des garanties pour le congé charbonnier, la reconversion et la protection sociale pour ceux qui, malgré tout, acceptaient de rentrer au pays.


Et puis il y avait la question des enfants, nés en France, qui ont grandi en France, scolarisés en France. Au Maroc, pouvaient-ils se sentir chez eux ? Alors beaucoup sont restés, malgré les problèmes d’intégration, le racisme. Malgré la discrimination qui n’a jamais cessé. Malgré les difficultés croissantes d’accès aux services sociaux et services de santé.


La plupart des mineurs marocains restés dans notre région, soit environ 3 000 personnes, vivent encore aujourd’hui dans les corons, occupant des maisons rarement rénovées et qu’ils n’ont jamais pu acheter, à l’inverse des autres ressortissants des Houillères.

L’Association des mineurs et anciens mineurs marocains du Nord - Pas-de-Calais continue de défendre la cause de ceux qui ont du mal à faire valoir leurs droits. Elle compte entre 120 et 140 adhérents et emploie 3 personnes pour traiter environ 1 500 dossiers chaque année.

Abdellah Samate est président de l'association depuis sa création en 1989-90.

33, rue Casimir-Beugnet – 59187 Dechy
Courriel :
ammn59-62@wanadoo.fr Tél. 03 27 96 23 34 – Fax 03 27 98 14 76

http://www.gisti.org/doc/plein-droit/14/travailleurs.html

Philippe Vincent-Chaissac
L'Écho du Pas-de-Calais n°89
Déc./Janvier 2008


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