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Les marocains

Maroc des musulmans, Maroc des juifs

N. L. - l'économiste

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· Une histoire millénaire de partage
· Le sionisme n’est pas le judaïsme


Le 16 mai 2003, le Maroc a oublié qu’il était romain, hébraïque, amazigh, arabe… Une longue histoire de diversité culturelle et confessionnelle a été estompée, cédant la place à la haine et à la violence.
C’est un sujet brûlant que le Collectif Modernité et Démocratie a choisi de discuter le 17 mai: la diversité civilisationnelle du Maroc, le rôle des communautés juives et la différence entre sionisme et judaïsme. Le lieu de la rencontre est lui aussi porteur de messages. Avant le 16 mai, était-il possible de parler d’un tel sujet dans la Faculté de médecine de Casablanca, un des fiefs de l’islamisme estudiantin?

Meurtri par l’intégrisme, le Maroc a été poussé à revisiter son histoire. Car beaucoup ne la connaissent pas; du moins dans sa dimension multiethnique et multiconfessionnelle. Il fallait ensuite, selon les organisateurs, lever l’amalgame entre le sionisme, mouvement politique lié à la violence, et la religion juive.

La rencontre a été animée par Mohamed Kenbib, historien connu pour ses écrits sur le judaïsme marocain et Yakov Rabkin, auteur du célèbre «Au nom de la Torah: une histoire de l’opposition juive au sionisme». Cet ouvrage, qui a valu à son auteur des critiques acerbes, vient d’être réédité chez Tarek Editions.

· Rôle économique indéniable

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui, vu la petite minorité toujours établie au Maroc, ce que fut le judaïsme marocain du temps de sa grandeur. Les études de l’Alliance israélite rapportent qu’en 1956, il y avait au Maroc quelque 225.000 juifs. Les vagues de départs sous Hassan II, que très peu d’écrits historiques ont élucidées par ailleurs, ont entraîné une chute drastique de cette population.

Les communautés juives, comme les appelle Mohamed Kenbib, étaient une partie intrinsèque de la société marocaine et leur rôle économique était indéniable.

Les juifs du Maroc étaient très connus dans le commerce maritime et le colportage, explique Kenbib. Le Maroc antécolonial avait très peu de routes et de moyens de communication. Au niveau culturel, les Marocains et les Juifs avaient souvent les mêmes marabouts et une appréhension similaire vis-à-vis des étrangers. Mais ces similitudes allaient changer au milieu du XIXe siècle, en raison de l’impérialisme et l’apparition du sionisme. La paupérisation de la population sous le protectorat a eu une incidence sur les valeurs juives. En 1944, l’importance démographique des Juifs marocains allait intéresser les congressistes qui cherchaient à combler les pertes humaines en Europe de l’Est.

Yakov Rabkin a pris le relais pour expliquer les fondements du sionisme.
Portant la kippa, ce «Juif orthodoxe moderne», qui enseigne à l’Université de Montréal, estime qu’il est faux et dangereux d’assimiler le sionisme, ce mouvement politique visant à l’établissement d’un Etat juif en Palestine, au judaïsme.

«Il n’est aucun précepte dans la tradition juive qui nous oblige à vivre là où Abraham a marché», dit-il.

A l’origine, le sionisme est né en Russie, là où les Juifs laïcisés n’étaient pas intégrés. Contraints à rester dans des zones de résidence, ils allaient exprimer petit à petit un sentiment de frustration et de négation de leur religion. Plus tard, beaucoup sont allés grossir les rangs des révolutionnaires bolcheviks. D’autres ont pensé à créer leur Etat. C’était la solution sioniste. Près de 80% des colons qui arrivèrent en Palestine étaient des Russes. Ce qui explique actuellement le poids politique et idéologique de cette population.
Les rabbins et les traditionalistes juifs accueillent très mal ce mouvement. Ils considèrent qu’il est contraire au judaïsme. Les sionistes se sont accordés une terre promise par Dieu, disent-ils. Ils ont été qualifiés de transgresseurs.

A l’origine, le sionisme était un mouvement politique sur lequel se sont greffés des concepts du passé judaïque. Il s’est basé sur le projet messianique du retour à la Terre sainte pour légitimer l’hégémonie politico-militaire.

«La proclamation d’Israël a occasionné la plus grande déchirure de l’histoire juive», note Yakov Rabkin. En Israël, les Haredim (qui veut dire littéralement «stricte observance») vivent enclavés, en dehors des projets politiques. Parfois, ils rejettent l’Etat et refusent la citoyenneté. Ces ultraorthodoxes sont d’ailleurs connus par leurs habits noir et blanc.

Mais alors que fait réellement cette opposition pour lutter contre les sionistes? «Les antisionistes sont très nombreux», affirme l’écrivain.


Mais ils sont très pratiquants et n’acceptent pas facilement la modernité. Ils ne communiquent donc pas beaucoup. «Mais il y a plus de sionistes parmi les chrétiens que parmi les juifs, dit Rabkin. «Les nouveaux chrétiens (dont une des figures de proue est George W.Bush) considèrent que la fondation de l’Etat d’Israël annonce l’avènement du christ».

N.L. l'économiste
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