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Profils. Les sorciers de “la high”* (haute société)


Ils se comptent sur le bout des doigts, tiennent des agendas pour leurs rendez-vous, et leurs services coûtent une petite fortune. Petite balade chez les consultants de notre élite.

Amina, la cartomancienne
Haut Agdal. Dans une rue du Rabat cossu comme on n'en peut plus, une femme, quadragénaire, manteau de vison chatoyant à la main, descend de sa grosse berline, chauffeur au volant… naturellement. Le regard absent, elle marque un temps d'arrêt à toutes les portes des immeubles, cherchant un numéro. De guerre lasse, elle finit par sortir son portable. “Allô ! je n'arrive pas à trouver… je vois, d'accord. Vous êtes à quel étage ?”.

Elle raccroche ensuite et se dirige vers “le cabinet” de la légendaire Amina (nous l'appellerons comme ça pour ne pas grossir sa clientèle davantage). Elle est la veu du tiptop de l'élite r'batie. Pour les profanes, “veu” signifie dans le jargon de ce monde politico-bourgeois : la voyante. C'est un nom de code parce que c'est trop hchouma et pas du tout bon de reconnaître qu'on consulte une “voyante”.

Amina, quoiqu'au métier peu “assumable”, n'est pas étrangère à ce même monde. Ce n'est pas une fille du peuple, elle n'a rien à voir avec les diseuses de bonne aventure qu'on trouve dans la souiqa. Ce n'est pas une rescapée du système D qui s'est reconvertie dans l'irrationnel comme on se reconvertit dans la chaussure parce que ça paie mieux, mais une intello qui a fait des études de littérature à la Sorbonne, à Paris avant de trouver sa “vocation” une fois de retour dans son Rabat natal.

“Cette femme maîtrise la carte des alliances et des inimitiés politiques comme personne. Elle est dans le secret des dieux”, assure, ironique, cet homme qui a fait partie un temps de ses clients. Lui, comme le tout gotha r'bati, lui reconnaissent des vertus de grande “prêtresse divinatrice”. Et ses clients sont de grosses pointures du champ politique marocain.

Cela va des conservateurs qui s'offusquent en public de toute forme de charlatanisme “contraire à
la religion” aux socialistes d'autrefois, communistes ou trotskistes, hautement cartésiens. Ces hommes-là, vie publique oblige, ne consultent généralement pas directement, mais chargent leur douce moitié de s'acquitter de la besogne, armée de photos de leur époux. Amina vous reçoit dans une atmosphère tamisée, le cadre est plutôt agréable et le ton de la conversation est d'emblée intime.

La séance coûte 500 DHs, près de deux fois la consultation d’ un psy, pour une séance deux fois plus courte. Mais lorsque la situation est tendue, Amina se déplace dans les villas de ses “patients” et se fait payer le double :1000 DH le service à domicile, mesdames et messieurs, même si le résultat n'est pas garanti. Mais on ne s'en plaindra pas dans le milieu. Elle est plus célèbre qu'un médecin et, pour décrocher un rendez-vous avec elle, il vous faut un sacré coup de “piston” d'autant plus qu'elle est surbookée la majorité du temps.

Et puis, Amina ne reçoit jamais le matin. Juste les après-midi. Elle ne travaille pas plus de deux trois heures jour. “Mais elle est fabuleuse”. Si fabuleuse que même quelques chevronnés parmi nos islamistes au pouvoir font désormais partie de ses habitués. Ceci dit, les services d' Amina s'arrêtent à son talent de cartomancienne. La magie ou la sorcellerie relèvent d'un autre domaine et nécessitent des compétences particulières qu'elle reconnaît elle-même ne pas avoir.
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Ses consoeurs de Casablanca

Si dans la capitale, Amina n'a presque pas de rivale du même gabarit, à Casa, il y a au moins trois “spécialistes” qui se disputent les bonnes grâces des hautes sphères de l'élite pour des tarifs plus “raisonnables” : 300 DH seulement. Trois adresses,
une première à Dar Bouazza et deux autres au centre-ville, entre les quartiers Gauthier et Maârif. D'une quinzaine d'années ses aînées, les consoeurs casablancaises d'Amina sont tout aussi élégantes, branchées, ont un français impeccable, bref sont à l'image de leur clientèle.

Ce qui n'est d'ailleurs pas fait pour déplaire. Souvent même, quelques amitiés “psychothérapeutiques” naissent entre patiente et consultante. Amina, comme les autres, a la même procédure que les voyantes du “peuple”, à la légère différence qu'elles n'utilisent pas de cartes, mais des tarots pour “guider les pas de leurs patients dans les ténèbres d'un futur incertain”.

Avec toute la bonne volonté, le don et le “professionnalisme” du monde, ces “prêtresses divinatrices” reconnaissent (à l'instar d'Amina) qu'elles sont impuissantes face à quelques situations. Ces cas nécessitent une autre intervention, autrement plus occulte, celle de la sorcellerie. Un ultime recours irrationnellement salutaire de notre élite qui n'est pas le fait de femmes, mais reste la chasse gardée de la gent masculine.

Monsieur Talismans

Installé à Agdal également, Khalid, est un de ces hommes qu'on vous recommande vivement. Il est plutôt urban look, costard, cravate, voiture de luxe équipée d'un téléphone, deux numéros de portable, professionnel et personnel. Les talismans sont sa grande spécialité et son carnet d'adresses risque d'arracher des cris de stupéfaction. Des députés, de hauts gradés de la fonction publique, peu de capitalistes.

L'haj Soussi, le sorcier

Il est âgé, porte un jabador traditionnel, des dizaines de kilos en trop, un chapelet à la main et compte les mots entre deux silences lourds et angoissants. Sorcier de la première heure, très introduit dans les hautes sphères du pouvoir, il n'a rien d'un amateur. Dans une ambiance fumigène, sous une lumière tamisée, il cultive un air mystique. Ensuite fuse cette question : “Avez-vous la foi ?”. Puis : “Croyez-vous en moi, en mes pouvoirs ?”
Parce qu'il va de soi que les sorciers de chez nous ne peuvent servir que des musulmans. Les gens des autres confessions ne sont pas éligibles à la prestation. Cette première séance permet tout juste de faire connaissance. Chez l'haj Soussi, la relation s'inscrit dans la durée et les devis commencent à 50 000 DH. Sacré business. sorcel1.jpg

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