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Les marocains

Au Maroc, une association tente de démythifier l'"eldorado espagnol"

LARACHE ENVOYÉ SPÉCIAL

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Il y a moins de départs qu'avant. C'est devenu plus difficile." Au siège de l'association Pateras de la vida (Les barques de la vie), on ne tient pas de statistiques mais son ancien président, Abdelilah El-Hani, sait que les candidats pour l'Espagne sont moins nombreux à se retrouver à Larache, ville côtière à quelques dizaines de kilomètres de Tanger.

Une patera est partie la semaine dernière avec son lot de clandestins, dit-on dans la vieille ville, mais, depuis, plus rien. Que ce soit à proximité de l'école maritime, à l'embouchure du cours d'eau qui longe Larache, ou plus au nord, derrière la montagne, aucune embarcation n'a pris la mer pour le grand voyage (il dure de 15 à 24 heures) en direction des côtes espagnoles.

Larache n'est pas une exception. Depuis 2003-2004, où l'émigration clandestine a atteint un pic, les départs depuis le Maroc ont chuté de plus de 60 %, selon le ministère de l'intérieur. Les mesures prises par les autorités y sont pour beaucoup : plus de dix mille agents (gendarmes, militaires, policiers et membres des forces auxiliaires) ont été déployés du nord au sud du royaume ainsi qu'au Sahara occidental pour décourager les candidats à l'émigration.

Les responsables de Pateras de la vida pensent qu'à leur échelon ils ont également contribué à faire baisser le chiffre des clandestins. Créée avec l'aide financière d'une association andalouse des droits de l'homme, Pateras de la vida a longtemps sillonné la province pour dissuader les habitants de cette région agricole de se lancer dans une aventure parfois mortelle. "Dans chaque douar (hameau), le jour du marché hebdomadaire nous étions là avec une grande tente.

A l'intérieur, des photos de cadavres rejetés par la mer, des témoignages de rescapés et des récits de clandestins, recueillis en Espagne, pour démonter l'image de l'Eldorado espagnol
, dit l'un des responsables de l'association, Abdoul Hamdouchi. C'est plus efficace que les campagnes de sensibilisation faite dans les médias par les autorités. A Larache, l'électricité n'arrive pas dans tous les douars. Les habitants ne regardent pas tous la télévision et ils ne lisent pas les journaux."

Aujourd'hui, l'association a réorienté son action en direction des écoles et des lycées. "On constate que les candidats à l'émigration sont de plus en plus jeunes. Il y a beaucoup d'adolescents parmi eux. Ils partent encouragés par leurs parents", dit M. El-Hani. D'où des réunions d'information dans les établissements scolaires pour les sensibiliser aux risques encourus.

L'efficacité à long terme de ces actions est aléatoire. Pendant deux ans, les militants de Pateras de la vida ont fait remplir un questionnaire aux habitants de la province de Larache rencontrés sous la tente de l'association. Deux tiers d'entre eux disaient qu'ils souhaitaient émigrer.


Conséquence de cette fringale d'émigration : Pateras de la vida n'organise plus d'échange entre les jeunes de la province et l'Andalousie. "Parce qu'on est convaincus que tous les enfants ne retourneraient pas au Maroc, explique M. El-Hani.
Ils resteraient en Espagne."

Jean-Pierre Tuquoi
Article paru dans l'édition du 11.07.06
sources : http://www.lemonde.fr
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