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Librairie

La Remontée des Sud de Alain Tarrius; Sur la route de l'informel

Le Matin.ma. Par Abdelaziz Mouride.

Réf : 1194

Visites : 1935

Voici un livre qui entend bousculer les analyses admises jusque-là en matière d'immigration et, partant, les politiques sous-jacentes à ce propos dont les mesures sécuritaires ou répressives ou, à l'inverse, les attitudes « compassionnelles » inspirées de l'image de l'immigration comme refuge économique.
Professeur de sociologie à Toulouse, Alain Tarrius en homme de terrain, a mis depuis des années les populations immigrées au cœur de son œuvre sociologique. Il a consacré une dizaine de livres à ce sujet dont « L'Aménagement à contretemps. Nouveaux territoires immigrés à Tunis et à Marseille» (1988), « Anthropologie du mouvement» (1989) ; «Occitans, Espagnols, Marocains : migrations d'hier et d'aujourd'hui en Catalogne » (2001) ; «Les Nouveaux cosmopolitismes » (2001) ; « La mondialisation par le bas » (2001).

Le livre en question est intitulé : «La remontée des Sud» et en sous titre « Afghans et Marocains en Europe méridionale».« Les travaux que j'expose sont empiriques, écrit l'auteur, les informations sont recueillis au plus près des populations dont je parle, par accompagnement : je ne conçois pas, actuellement, une compréhension des mutations en cours sans l'observation directe de multiples microphénomènes peu saisissables, peu formulables a priori, dissimulés dans l'épaisseur même de leur originalité.» Pour l'auteur, la mondialisation a belle et bien engagé un processus de reformulation du phénomène migratoire.

Nous sommes en train d'assister à la genèse de nouvelles formes de cosmopolitisme, de nouvelles formes de dispersion de populations et de leur mobilité dont les implications et les enjeux sont tout aussi nouveaux. Plus que de simples déplacements de populations pauvres en quête de travail et d'une possibilité de sédentarisation, ces nouvelles mobilités sont notamment «fondateurs de nouveaux territoires, de nouveaux rapports sociaux » contredisant par là «les préconceptions des sciences sociales, sur la primauté ou l'unicité de la sédentarité dans l'organisation de la vie sociale». Selon l'auteur, ces nouvelles mobilités ont donné naissance à des « territoires circulatoires » qui sont autant de «territoires transversaux à ceux des Etats-nations».

C'est à partir de l'accompagnement et de l'observation pendant plusieurs années, de deux communautés différentes de migrants, les Marocains au Sud-ouest de la Méditerranée et des Afghans au fin fond de l'Asie, qu'Alain Tarrius a formulé sa thèse. Il décrit par exemple, avec forces détails, l'activité commerciale des Marocains à partir d'un quartier d'affaires à Marseille, qu'ils reprennent des mains des Algériens. De Marseille jusqu'au Maroc, en passant par des centres urbains au sud de L'Espagne, dont Alicante, et en Italie, on voit s'ouvrir une sorte de couloir de mobilité animé par des « notaires » qui président au bon ordre des transactions, des commerçants et des « fourmis » qui se chargent du transport de marchandises. Nous sommes au cœur du royaume du commerce informel et souterrain qui toutefois a ses propres codes, sa propre loi.

« Des migrants de la pauvreté, nouveaux arrivés en Europe ou issus de la migration marocaine en France, en Belgique et en Allemagne dans les années 60-70, se reconvertirent en « fourmis » du commerce transnational vers le Maroc, et de là vers l'Afrique subsaharienne ».

Ainsi, de 1700 véhicules, fourgons et « break » qui traversaient les frontières espagnoles chaque semaine vers le Maroc en 1991, ils sont passés à 42 000 transportant quelque 190 000 passagers, en 1995.Ces mêmes personnes font le chemin du retour vers l'Europe, chargées d'autres marchandises, cette fois du Maroc, qu'elles écoulent en Espagne, en France et ailleurs. De l'autre côté de la Méditerranée, à partir de Dubaï, se sont les Afghans qui semblent dominer le commerce souterrain. Alain Tarrius rapporte l'exemple de caméscopes de fabrication japonaise, vendus 420 euros dans les magasins de Dubaï ou de Koweit-City, et qui, grâce à des cohortes de migrants afghans, iraniens, caucasiens et autres, se retrouvent à Beyrouth et à Istanbul où ils sont revendus à 440 euros, puis de là, vers l'Allemagne, la France, l'Espagne et ailleurs où il atteignent 460 euros.

Là, ils ne sont pas exposés dans les vitrines comme dans le commerce légal où ils sont vendus 1500 euros, mais dans l'arrière boutique des magasins pour couscoussier et tapis. C'est ce que l'auteur appelle «la mondialisation entre pauvres » qui n'en sont pas pour autant, du moins pas tous au regard du chiffre d'affaires qui se joue dans cette sphère du souterrain. Il faut compter en milliards d'euros.

Les territoires de la mobilité

«Ces territoires, nous les nommons «territoires circulatoires». Cette notion constate la socialisation d'espaces supports à des pratiques de mobilité.

Elle introduit une double rupture dans les acceptions communes du territoire et de la circulation ; en premier lieu, elle nous suggère que l'ordre né des sédentarités n'est pas essentiel à la manifestation du territoire ; ensuite elle exige une rupture avec les conceptions logistiques des circulations des flux, pour investir de sens social le mouvement spatial.» p_Maghreb-UMA.jpg
 

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