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Histoire

Penseur de l’islam et développement scientifique

12 fév.09. par Abdelkader Benarab source ; oumma.com

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Les travaux sur l’Islam sont en vogue ces derniers temps : Congrès, colloques et séminaires fournissent une série d’exposés sur la pensée islamique sous l’angle de la modernité, de l’éthique, de la linguistique et de l’aspect politique.
Inimitable (Phénomène de l’I’jaz), le corpus coranique, première source de l’orthodoxie n’en demeure pas moins une référence et une matière que les scientifiques ne cessent d’explorer.

Depuis la révélation (Al-Wahyi), le Coran n’a cessé d’être un motif au contenu fascinant, admiratif et irrésistiblement attrayant. Que l’on ouvre ce Livre Saint pour le lire nous-mêmes ou qu’on écoute la récitation de ses sourates, un désarroi profond nous saisit à son approche, tant les finesses harmoniques soulèvent une symphonie sublime qui accompagne le rythme psalmodique de sa parole prononcée. De sa lecture ordonnée (tilawa), naît un majestueux accord unissant à la fois sa béatitude mystique à une émotion pure qui pénètre l’âme, apaise le cœur en tumulte et émousse ses peines.

C’est une divine mélodie voluptueusement cadencée qui touche tout aussi bien l’homme de foi, que l’étranger à la foi islamique. Cette singularité qui le rend inclassable, le définit comme une identité propre, d’essence supérieure, insurpassable, sans équivalence et unique. Voilà que cette langue sacrée, parole de Dieu rappelons-le, « bi lisanin a’rabi moubine » (Ash-Shu’ara,26-195), cette claire langue arabe porte d’emblée le signe de la puissance ,de l’unicité et de l’inimitable. En même temps cet édifice de l’éloquence est posé comme un défi véritable aux sceptiques, aux incroyants et d’une façon générale à la faiblesse ontologique de l’homme "Dis : si les hommes et les Djinns s’unissaient pour produire une (révélation) pareille à ce Coran, ils ne sauraient produire rien de semblable"(AlIsra17,88).

Plus de XIV siècles de temps écoulés, sa vertu incantatoire, ses spécificités langagières qui ne relèvent à proprement parlé, ni de la prose rythmée (Saj’), ni de la mesure poétique (rajaz), préservent encore ce caractère sacré. Ni l’évolution de la langue ni son usage n’ont réussi moindrement à altérer cette forme phonétique comme c’est le cas dans les autres langues. Les subtilités philologiques des langues comparées n’ont établi aucun lien de parenté dans les procédés et les modes de composition entre la langue coranique et les autres langues et dialectes utilisés dans la même aire géographique.

Le grand savant Al-Bqqillani (m.1078) dans (Fi Meydan al I’jaz)) affirme que le Coran ne relève ni de la poésie ni de la prose ; s’il en était ainsi il ne serait pas différent des idiomes antéislamiques (Jahiliya) utilisés par les Arabes. Mais le mode de composition stylistique indique une hiérarchie d’un ordre transcendant, supérieur à l’œuvre humaine : là est le signe de la Création de Dieu (I’jaz). C’est précisément cette singularité de la langue en tant qu’elle est .sacrée, que la sémiotique médiévale arabe s’est attachée à en diagnostiquer le particularisme linguistique dans le but d’une exploration du sens et sa mise en relation avec les formes du vécu et les expériences qui en découlent.

Mais comment découvrir ces indices dans le Coran ? Sont-ils inscrits in situ, explicitement ou introduits par allusion ou désignation de périphrase ? Il n’est pas un domaine de la vie qui ne soit couvert par ces catégories. Il faut savoir que le Coran a posé un postulat de base : Celui d’avoir conceptualisé et réduit toutes les connaissances à un système de proportion et d’équilibre qui est la science de la Balance ou Théorie de la Balance dont le savant Jabir b. Hayyan Abu Musa (VIII ème s) a synthétisé les données : Tout part de là et tout s’y ramène. « C’est ainsi que Nous avons fait de vous une communauté du juste milieu » (AL-Baqara, 2-143) dit le Coran.

La quantification et la mesure rendent les phénomènes de la nature saisissables par l’homme. Cette théorie de la Balance sert à déterminer les mesures de la nature et des formes, de l’intelligence et de l’âme, du monde animal et végétal, des sphères et des astres, des capacités et des grandeurs, la force et la pression, les 4 natures du temps( chaud, froid, sec, humide) qui correspondent aux 4 humeurs(sang, bile jaune et noire, flegme) . Cette prescription du juste et de l’équilibre, de la mesure du moindre détail est également présente dans toute l’orthodoxie et son fondement.

Ce rappel permet de mieux comprendre certains aspects de l’Islam, quoi a posé les fondements d’une pensée scientifique puisée dans le Coran. De là découle la science des principes et des lois de classification qui est la Taxinomie, la mathématique, la physique….Eh bien sur la médecine dont nous allons citer un exemple pour illustrer cette démonstration.

Le grand Traité sur la génération, du célèbre Saïd ben Arib au Xème siècle, inspiré de plusieurs versets traitant des stades évolutifs de la conception de l’enfant dans le Coran (embryologie aujourd’hui), contient des descriptions étonnantes de la grossesse, de ses suites et du nouveau né. Ce qui est encore plus déconcertant c’est l’étude des positions de l’enfant et des présentations vicieuses à la naissance. Les médecins accoucheurs y puisaient les principes de la version pelvienne.

L’histoire de la médecine confirme l’actualité et l’utilité de ce traité, encore de nos jours. La science sexologique dont on évoquait à peine les prémices au XXème s, était à un stade bien avancé de la connaissance chez les musulmans de l’époque, dont ils firent un objet d’études particulier à partir des règles hygiéniques édictées par Dieu.

Les sourates qui portent sur des notions de chimie, de toxicologie et des vertus curatives de certains aliments sont la base de la pharmacopée moderne, sans parler des explications sur le climat, les astres, la création en passant par la botanique et d’autres sciences accessoires que Dieu a révélées dans Son livre et qui ont permis de bonne heure de mettre les savants croyants sur la voie de la recherche et de l’investigation. Par comparaison nous savons que la médecine indoue suivant les principes « Veda » relèvait d’une démarche normative suivant les règles de la nature et de la sagesse et qui a beaucoup influencé la médecine grecque.

Celle ci, fondée en partie sur un savoir et une cosmogonie émaillée de récits mythologiques avait pour recette de faire ressusciter ses morts, comme c’est le cas d’Asclépios, médecin, devenu Dieu. Plus réaliste est le grand médecin du Moyen Age et jusqu’aux temps modernes, Ar-Razi du Xème s, celui qui fut aussi le père de la psychanalyse. Il était le premier à traiter la mélancolie et le désordre de l’affectivité en recommandant à ses patients « un changement d’espace de vie » et d’autres pratiques régulatrices des rythmes psychiques. Il fut aussi le premier dans l’exercice méthodique de la thérapie musicale (Musicothérapie) et bien d’autres traitements.

Trouvait-il sans doute dans l’art de lire le Coran (tajwid) des modulations au secret apaisant et antianxiolitique. Pendant que ces mêmes signes cliniques, incompris jusqu’aux temps modernes étaient apparentés à la « folie » par les médecins modernes dont le traitement curatif relevait plus de la magie. D’ailleurs le même traitement était resté inchangé depuis les Grecs, puisqu’eux-mêmes ignorants les données de la psychologie, utilisaient des drogues pour dissiper certains états d’âme. Hélène, rapporte l’Odyssée, pour rétablir la gaieté dans la fête utilisa cette drogue recommandée par les docteurs égyptiens, qui dit-elle, sont les meilleurs du monde (L’Iliade, Odyssée, VIème livre).

Cette première approche de ce que peut représenter le Coran comme contenu et support scientifique est une forme suprême de la pensée et de l’expérience humaine, en adéquation avec les besoins physiques de l’homme et ses préoccupations métaphysiques. Dès les premières dates de l’Hégire, la polygraphie musulmane s’est penchée sur le caractère supérieurement scientifique du Coran d’où elle a puisé les ressources nécessaires à la fondation des premiers jalons et des postulats futurs pour la science moderne et surtout la formation de l’esprit scientifique : l’épistémologie. De là on peut dater la rupture avec la pensée antique. Cette valeur active intrinsèque au Livre Saint est inépuisable et continue encore à nous livrer ses secrets pour peu que l’on s’y intéresse.

Son caractère polythématique et pluridimensionnel se prête à couvrir tous les champs de recherche. Mais il est important de noter deux faits majeurs pour qu’une Raison herméneutique soit capable de saisir le phénomène coranique dans l’intimité de sa double vocation de l’ici et de l’au-delà, du temporel et du spirituel (Din wa Dawla). D’abord, il est impératif de réfléchir à élaborer un outillage rationnel d’analyse, en vertu d’un « Ijtihad » méthodologique, en conformité avec le Crédo Coranique universel en évitant les postulats arbitraires, bricolés par l’Islamologie moderne à la suite d’un relativisme aberrant, nourri à la source d’un scientisme desséché et sans âme. D’autre part éviter les commentaires faciles de « la derdacha »(1) qui embaume les esprits naïfs. Une connaissance approfondie du Coran et de l’histoire dogmatique est un préalable nécessaire et requis à tout effort de recherche.

Rappelons simplement qu’à l’époque actuelle, à l’heure des conversions nombreuses à l’Islam, ce sont davantage des savants Européens et Américains, hommes de lettres et de sciences, qui attirés par cette religion universelle et par l’intérêt de la science énoncée et contenue dans le Coran finissent par conviction, par adopter l’Islam. Ils sont les continuateurs des grands savants universels pour ne citer que : Ar-Razi, Al-Baqqillani, Al-Bîrunî, Asuyuti, ibn Nadim, ibn Hazm, Al-Kindi et bien d’autres. Il n’y a qu’a parcourir "Uyun al-Anba fi Tabaqat al- Atibba" (Sources d’information sur les catégories des médecins) d’Ibn Abi Usaibi’a ou le fameux "Tarikkh al-Hukama" (Histoire des savants) d’Ibn al-Kifti pour s’en convaincre.

Ils furent les premiers à défendre la science dans le Coran et à orienter leurs savoirs puisés dans le texte sacré. Pour ce faire certains des chercheurs musulmans actuellement n’hésitent pas à adopter une démarche explicative inverse : On tente d’expliquer les phénomènes naturels et les expériences du sensible en cherchant fébrilement des adéquations acrobatiques avec certaines sourates, au lieu d’y puiser directement les ressourcements didactiques nécessaires à une pédagogie méthodique de l’Ijtihad, et partant tenter de comprendre les phénomènes extérieurs. Enfin le texte coranique est si riche et si profond qu’on doute que beaucoup de musulmans aient réellement compris la portée scientifique de son message au moment où l’esprit moderne occidental s’en est empressé de saisir et de définir comme l’avènement de l’ère rationnelle.

Ma mémoire me livre encore ces profondes constatations du Professeur de médecine Emile VERRIER qui écrit en 1860, à la suite de ses recherches sur la médecine dans le Coran : « Il n’ y’a qu’une chose qui mérite et qui ait par excellence le nom de science : c’est la religion de l’Islam. Elle embrasse tout car elle est la religion de l’universalité. La religion était Tout et Tout était dans la religion, dans le temple où Muhammad prit le rôle le plus vaste et le plus haut qu’on ait jamais osé prendre sur la terre. (...) Le prophète s’était annoncé comme l’envoyé de la Toute Science, comme le réformateur et l’éducateur général du monde entier, comme l’initiateur définitif des hommes aux dernières vérités". (2)

(1) Charlatanisme.
(2) in L’Orient no. 3, 1901, Académie Nationale de Médecine, Paris.

Abdelkader Benarab

Chercheur et écrivain
source : www.oumma.com

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