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Librairie

Après le café, place au « Livre équitable »

Par Cécile Cailliez ,Reporters d'espoirs pour Eco89.

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L'Alliance des éditeurs indépendants a mis en place un label « Livre équitable » qui récompense l'édition solidaire. Un procédé qui s'inscrit dans une démarche globale de promotion de la « bibliodiversité ».

Un label « équitable » dans les rayons de sa bibliothèque ? On connaissait le chocolat, le café ou encore le riz, c'est au tour de la littérature de s'engager sur la voie des pratiques responsables. Le but de ce label, créé en 2004 par l'Alliance des éditeurs indépendants (AEI) est de promouvoir les auteurs du Sud et adapter le prix des ouvrages selon les pays.

Un constat simple est à l'origine de l'initiative :  les auteurs des pays en développement sont irrésistiblement attirés vers le Nord. Une fois édités, leurs livres reviennent au pays à un prix majoré des coûts de transport, des taxes de douane, des frais d'importation et de la marge du libraire. Un tarif bien supérieur à l'original et inabordable pour le public local.

De leur côté, les éditeurs du Sud peinent à assurer aux écrivains la reconnaissance que leur garantissent les prestigieuses institutions occidentales.

« Dans certains pays, notamment en Afrique, il est vraiment très difficile d'imprimer, explique Gilles Colleu, cocréateur des éditions Vents d'ailleurs et membre de l'AEI. Les ouvrages s'adressent souvent à un public étroit et sont donc tirés à peu d'exemplaires, ce qui entraîne des coûts de réalisation beaucoup trop élevés pour les petites maisons d'éditions. »

Défendre le livre et la lecture comme ouverture sur le monde et non comme un produit consommable, tel était le projet de Vents d'ailleurs. C'est pourquoi Gilles Colleu a rejoint très tôt l'AEI, association fondée en 2002 et basée à Paris.

Organisée en réseaux, elle s'attache à faciliter des accords commerciaux solidaires entre ses 75 membres en soutenant des projets éditoriaux communs. Depuis 2004, les coéditions, Nord-Sud mais également Sud-Sud, jugées les plus « solidaires » sont récompensés par le label « Livre équitable ». 

Sur le modèle du commerce équitable, il permet aux éditeurs les moins favorisés de supporter des coûts très inférieurs à ceux pris en charge par les autres éditeurs participant à l'opération. De même, ces derniers peuvent ensuite adapter le prix de vente du livre aux réalités de leur marché.

Vendu 15 € en France, un ouvrage pourra être vendu 8 € au Maroc et 5 € au Cameroun. « Cela symbolise cette solidarité entre éditeurs, solidarité qui mobilise aussi indirectement les lecteurs :  c'est parce qu'il est vendu 25 € en France que le même livre peut être acheté moitié moins cher en république de Guinée », résume Etienne Galliand, directeur de l'association.

Défendre la « bibliodiversité »

Le label, officialisé avec la parution de « La Vie n'est pas une marchandise » de Vandana Shiva, publication commune de huit éditeurs, concerne aujourd'hui une dizaine de titres sur les soixante coéditions de l'Alliance.

« La labellisation se fait au cas par cas, ajoute Etienne Galliand. Elle doit rester souple et prendre en compte les réalités de chaque projet. »

Cet outil encore expérimental s'inscrit dans la démarche plus globale de l'AEI :  promouvoir la « bibliodiversité » face aux mouvements de concentration du secteur, dominé par les grands groupes occidentaux.

Directement calquée sur la notion de biodiversité, la « bibliodiversité », terme apparu à la fin des années 90, entend défendre la diversité culturelle et la diffusion des idées. « On peut parler d'un certain contrôle de la pensée dans le monde de l'édition aujourd'hui, reprend Gilles Colleu. Quand un auteur se présente avec un projet de fond ou une pensée moins courante, il n'est pas forcément accueilli à bras ouverts. »

Ce combat a fait l'objet de plusieurs déclarations des éditeurs indépendants, à Dakar (2003), à Guadalajara (2005) et à Paris (2007). En 2006, une « Convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles » a été adoptée par l'Unesco.

Elizabeth Beyer, de la maison d'édition Actes Sud, signataire de la Charte, estime l'AEI absolument indispensable aux auteurs du Sud et pour développer les marchés nationaux. Actes Sud lui a d'ailleurs cédé les droits du chef-d'oeuvre du Nigérien Ken Saro-Wiva, « Sozaboy » ainsi que ceux de « L'Ombre d'Imana », de l'Ivoirienne Véronique Tadjo.

« Ces deux ouvrages ont fait l'objet de deux rééditions qui sont en fait des coéditions 100% africaines », explique-t-elle. L'ombre d'Imana, édité à 5 500 exemplaires a ainsi pu être vendu 1 500 francs CFA (2,30 euros) dans l'ensemble des huit pays africains coéditeurs, contre 6,50 euros en France.

Un modèle éditorial viable

Ces publications sont souvent couronnées de succès. En Côte d'Ivoire, « L'Ombre d'Imana » a ainsi été épuisé très vite. De même, et malgré trois réimpressions, le livre « À quand l'Afrique ? » de Joseph Ki-Zerbo est désormais introuvable au Burkina Faso.

« Dans les pays les plus pauvres, acheter un livre peut parfois revenir à dépenser un salaire mensuel, rapporte Nathalie Philippe, rédactrice en chef de la revue Cultures Sud, dédiée à la promotion de la littérature des pays en voie de développement. Les actions de l'Alliance prouvent que le public du livre est bien présent. Il s'agit avant tout d'une question de coût, pas de manque d'intérêt pour la lecture. »

L'Alliance a aujourd'hui réussi à se faire une place dans un secteur encore peu exploité.

« Ce qui est intéressant, explique Frédéric Bouilleux, directeur de la langue française et de la diversité culturelle à l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), c'est qu'elle mêle un discours à la fois économique et culturel, tout en sortant du dialogue Nord-Sud en favorisant des coopérations Sud-Sud. »

Le réseau compte susciter des dynamiques éditoriales durables et des modèles de coéditions viables qui assurent la souveraineté culturelle.

« L'alliance est encore un mouvement périphérique dans le monde de l'édition mais en renforçant le poids des éditeurs indépendants dans tous les pays et dans toutes les langues, c'est la diversité culturelle qu'on appuie », renchérit le directeur de l'AEI. Une initiative jugée comme pionnière et remarquable par nombre d'éditeurs. livre_equitable2.jpg
 

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