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Géographie

Une nouvelle vie pour les cèdres de l’Atlas.

Nadia Belkhayat.. L'Economiste

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Les populations locales impliquées dans la lutte contre la déforestation.  Création de coopératives et de centres féminins… Le Haut commissariat aux eaux et forêts vient de clôturer une série de projets environnementaux et sociaux dans la région de Khénifra. Ces projets ont été réalisés grâce à l’aide financière et à l’encadrement de la délégation de l’Union européenne au Maroc.

Pour en parler, 150 agents des Eaux et Forêts régionaux durant un séminaire, organisé la semaine dernière à Meknès, sur le thème: «Gouvernance locale et gestion durable des ressources naturelles en zones de montagne».
Après une première journée très studieuse, les participants ont été invités à une visite sur le terrain, afin de prendre connaissance de quelques-unes des plus belles réalisations du «Projet Khénifra». Etaient de la partie plusieurs délégués et experts de l’Union européenne dont la mission était de s’assurer du bon déroulement des opérations. Plusieurs minibus, ainsi qu’une dizaine de 4x4 sont allés à la rencontre des populations rurales bénéficiaires des douars avoisinants.

 

La première halte a été effectuée à El Borj, où ils ont pu visiter un centre féminin tout nouvellement créé où des femmes rurales apprennent à coudre, tisser et broder. Du matériel et des formatrices sont mis à leur disposition pour qu’elles apprennent le métier et progressent. L’objectif est de leur offrir un moyen de subvenir à leurs besoins, d’avoir une source de revenus pour qu’elles puissent acquérir une certaine autonomie. Le fruit de leur travail était exposé. Pour l’instant, les coupes, les motifs et les dessins restent très traditionnels, avec un manque d’innovation et de créativité. Mais avec le temps, peut-être apprendront-elles à innover…

 

Deuxième étape du convoi, Ajdir, une très belle région située à mi-chemin entre Ifrane et Khénifra, caractérisée par la présence de magnifiques forêts de cèdres. Des cèdres malmenés par des braconniers qui coupent des troncs pour les revendre et se faire un joli pécule. «C’est toute une mafia contre laquelle il est difficile de lutter, même si plusieurs tentatives ont été menées», indiquent les responsables des Eaux et Forêts. «Les acteurs de ces actes frauduleux ne se gênent pas pour corrompre les gardes forestiers afin de parvenir à leurs fins…», indique un paysan, sous le couvert de l’anonymat.
Les cèdres sont également malmenés par les fellahs, qui coupent du bois afin de l’utiliser pour leurs besoins quotidiens de chauffage, de cuisson de nourriture… Autre source de détérioration des arbres, le bétail, constitué essentiellement des moutons et chèvres qui viennent brouter et abîmer les jeunes pousses. Enfin, les bivouacs, les randonneurs et les chasseurs peuvent également contribuer, dans une moindre mesure, à la détérioration des espaces forestiers. Face à cette triste situation, une solution s’impose: le reboisement.

 

Dans ce sens, un projet concernant 600 hectares est en cours de réalisation. Ainsi, les agents du Haut commissariat aux eaux et forêts se chargent avec les agents de la délégation de l’UE de délimiter les territoires à reboiser. Ce sont des centaines d’hectares qui sont concernés. Ensuite, des clôtures sont installées afin de protéger et de cloisonner les aires reboisées. Parallèlement, des réunions sont menées avec les populations locales afin de leur expliquer les objectifs à atteindre et la nécessité d’empêcher le bétail de détériorer les espaces clôturés.
«Cela a été très difficile de convaincre les villageois, qui sont restés longtemps réticents par rapport à ces préoccupations. Nous avons fini par les rallier à notre cause, après plus d’un an et demi de négociations», explique Hamid Stitou, responsable de l’Unité de gestion du projet Khénifra.

 

En fait, un effort pécuniaire a été consenti en faveur des populations locales, ce qui a permis de les faire adhérer plus facilement au programme. Ils ont reçu en effet un montant de 250 DH par hectare reboisé. Des associations locales ont été créées dans les régions concernées. Des présidents d’associations ont été élus démocratiquement, afin de répartir et distribuer équitablement aux villageois l’argent collecté.
«A plusieurs reprises auparavant, nous avions tenté des opérations de reboisement dans cette région. Mais à chaque fois, ces initiatives avaient échoué à cause de la non adhésion des populations locales. Cette fois, nous avons réussi le pari et nous en sommes très fiers», confie Stefano Corrado, chargé de programmes développement rural et secteurs sociaux au sein de la délégation de l’UE au Maroc.

 

Troisième halte du convoi, le terroir de Maâmar Ben Khlil, une commune rurale située à Aït Ishaq. Il s’agit d’un tout petit douar très enclavé, au milieu des montagnes. Pour y parvenir, il faut traverser pas moins de 12 km de pistes, dans un paysage magnifique. Dans ce petit coin de paradis, une unité d’extraction d’huiles essentielles aromatiques a été montée. Des plantes diversifiées (romarin, lavande, sauge, thym…) sont cultivées par des femmes qui se sont constituées en coopératives. Elles ont des petits lopins de terre, où elles plantent leurs graines, puis elles s’occupent de les arroser, jusqu’à ce qu’elles obtiennent une dimension raisonnable. Ensuite, elles les cueillent et les mettent dans un séchoir à l’air libre. Elles livrent ensuite leur production à la distillerie. Ainsi, elles sont sûres d’avoir un écoulement commercial. Cette distillerie les met dans des entonnoirs et par un système de réchauffement d’eau les femmes récoltent les huiles essentielles, qui sont vendues sur les marchés et dans les expositions dans les villages avoisinants.

 

En fait, il s’agit d’une commercialisation artisanale. Or, la coopérative en recherche une à l’international, car ces huiles sont très prisées par les parfumeurs européens. «Ces huiles sont d’une grande qualité et ont une excellente odeur, en raison du climat et des terres de ces régions, qui sont adaptés à ce type de cultures», explique Djamila Chérif Berrada, directrice générale de l’agence Autograph, qui se charge de l’organisation des événements du projet Khénifra depuis son démarrage.
Les villageoises de la coopérative ont été approchées par des ambassadrices des maisons Yves Rocher et Chanel, qui ont pris des échantillons pour les analyser, avant de conclure un accord. Le but était de créer une activité économique alternative aux populations locales afin qu’elles se nourrissent moins de la forêt, l’objectif étant de lutter contre la déforestation. Aujourd’hui, les résultats sont là, positifs et encourageants…

 

Lutte contre la pauvreté

Le projet Khénifra est le prolongement de l’expérience du projet Oued Srou, conduite de 1987 à 2000 avec une assistance technique allemande, sur un espace de 50.000 hectares et couvrant 4 communes rurales. Ce projet, qui se situe dans le Moyen Atlas central de la province de Khénifra, concerne 12 communes rurales, couvrant une superficie de 235.000 hectares et une population de 100.000 habitants, représentant environ 15.000 foyers.

Ses objectifs: la gestion durable des ressources naturelles, la lutte contre la pauvreté et la promotion du rôle de la femme rurale. Le projet est financé par la Communauté européenne à raison de 70%, avec un don de 150 millions de DH. L’Etat marocain contribue à hauteur de 47 millions de DH (soit 22% du total). Les populations bénéficiaires participent à hauteur de 8%. La durée de réalisation a été de 8 ans (entre 2001 et 2009).

Nadia Belkhayat

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