onglet_artsouk onglet_artsouk

 

la-casbah-amridil-a-skoura.jpg

Tourisme

Deux gazelles sur la route

Hélène Clément 31 déc.2009 Source : ledevoir.com

Réf : 1390

Visites : 2534

Joli, complexe, lumineux, authentique, théâtral, le Maroc intrigue. Il pourrait être un beau livre conservé dans une de ces superbes maisons de Fès ou de Marrakech, à lire et à relire, comme le propose l'écrivain Tahar Ben Jelloun dans un hors série du magazine Géo sur le Maroc, paru il y a quelques années.
Entre casbahs et ksour fortifiés, dunes de sable, mers et montagnes, les voyageurs en reviennent la tête (et la valise?) pleine de souvenirs. Voyage de deux gazelles au pays du «couchant lointain», pour le plaisir des yeux et des rencontres.

Marrakech — «C'est votre première fois au Maroc?», demande Halima, la jeune femme en charge de l'accueil au riad Dama, situé dans la médina (partie ancienne) de Marrakech, à 15 minutes à pied de la célèbre place Jemaa el-Fna. «Soyez les bienvenues dans mon pays.» Après le rituel du thé à la menthe accompagnant une conversation animée sur les raisons de surnommer la femme touriste «la gazelle», Halima nous conduit à nos chambres.

«En fait, c'est une appellation amicale, nous expliquera plus tard Mohhamed, notre guide-accompagnateur. Les femmes sont des gazelles et les hommes, des gazeaux. "Ghouzel" signifie joli en arabe; quant à son féminin "ghzala", il veut aussi dire gazelle. C'est une figure de style qui remonte à la poésie bédouine d'avant l'islam, alors qu'il y avait moins de tabous autour du corps.»

Seul hic pour les deux gazelles de Montréal: conjonctivite et bonne grippe. «T'inquiète, ça ira», nous lance Christine, Française d'origine et propriétaire du charmant riad né de l'association de deux demeures du XIXe siècle. «Fatima vous prépare une tajine de poisson et Tatam, un gommage.» C'est ainsi que nous nous sommes retrouvées dans un nuage de vapeur chaude enrobant la baignoire de la suite Kenza, enduites d'un savon noir bien gras et livrées aux mains énergétiques de Tatam qui, avec son gant de crêpe noir, nous a frotté le corps entier avant de nous appliquer du ghassoul en guise de masque corporel, du henné comme shampoing et du gel-douche pour le nettoyage final. Juré qu'un tel bain remet le facteur sur le vélo!

Et pour la conjonctivite, un chouïa d'eau de rose dans les deux yeux, un remède prescrit par Azidine, propriétaire, quatrième génération, d'une herboristerie dans le souk des apothicaires. «Les Marocains se soignent avec des plantes naturelles, j'en ai plus de 1000 dans ma pharmacie. Tu vois, on utilise l'huile d'Argan pour éliminer le cholestérol, les graines de Nigel contre le rhume et les migraines. On fait des tisanes, des crèmes...On a des épices, des huiles et de l'eau de rose pour les irritations aux yeux», explique-t-il. «Shukran bezzef», Azidine.

Et dire qu'il y a quelques heures à peine, nous étions à Montréal. Six heures de vol jusqu'à Casablanca sur les ailes de Royal Air Maroc, deux heures d'attente à Casa, une demi-heure en avion jusqu'à Marrakech, et nous voilà plongées au coeur d'un conte des Mille et une nuits, dans le souk des apothicaires de la fameuse médina la plus dense en humanité au kilomètre carré.

Nous, c'est-à-dire Lucie Nobert, présidente de Voyages Fleur de Lys et de la division Ekilib, et moi. Deux gazelles en voyage de presse et de repérage en vue de futurs raids à vélo, en rando, en auto. Car le Maroc se roule, se marche, se cavale, se scrute en toute liberté. De Fès à Marrakech, via Essaouira sur la côte atlantique, Ouarzazate et Merzouga aux portes du Sahara, les gorges du Dadès et de Todgha dans l'Atlas, partout un accueil cordial. Et à part la conduite automobile parfois anarchique dans les villes, à tout moment on s'y sent en sécurité.

«Mais n'oubliez pas, rappelle dans l'avion Oualid Chourak, vice-président chez Aviatours, les Marocains célèbrent cette semaine la Fête du mouton, l'Aïd el-Kébir, qui commémore le sacrifice d'Abraham. Le 28 novembre, c'est la fête partout au pays et encore plus dans les petits villages du Haut et du Moyen-Atlas. Les magasins d'alimentation et les restaurants seront fermés. Et la circulation sera dense, donc prudence en auto.»

Inch Allah! Nous serons accompagnées par Mohammed, guide de randonnée à vélo et en rando qui nous conseillera et assurera la logistique de ce voyage entre Marrakech et Fès. Un voyage en voiture, cette fois-ci, pour celui qui a l'habitude de grimper à pied les montagnes du massif de l'Atlas, dont le djebel Toubkal, point culminant en Afrique du Nord, qui s'élève à 4088 mètres.

Pour le plaisir des yeux

Pour aller du quartier Arset El Houta où se situe Riad Dama, jusqu'au minaret — édifice phare de la médina de Marrakech — de la mosquée de la Koutoubia qui date du XIIe siècle, il faut traverser la place Jemaa el-Fna. «Vous verrez, c'est un théâtre à ciel ouvert. Il faut s'y promener lentement et parler avec les gens», conseille Christine. On a vu des charmeurs de serpent qui soufflaient sans cesse dans leurs flûtes pour apaiser les cobras dérangés par le bruit, des musiciens gnaouas qui ensorcelaient la place de leurs rythmes envoûtants et des marchands d'eau coiffés d'un chapeau rigolo à frange qui tentaient de nous vendre un godet d'eau.

Et si la fameuse piazza est en effervescence de l'aube jusqu'à bien après minuit, comme il y a 1000 ans, c'est à la tombée du jour que le rideau se lève alors que les conteurs font revivre d'anciennes légendes. «C'est pour cette renaissance de la tradition orale que l'UNESCO a déclaré en 2001 la place Djemaa el-Fna "chef-d'oeuvre du patrimoine cuturel immatériel mondial".» Puis, les restaurateurs ambulants installent leurs gargotes éclairées par des lampes à pétrole ainsi que tréteaux, planches, bancs et braseros. Brochettes et merguez lâchent un fumet irrésistible, on s'attroupe autour des échoppes pour un bol d'escargots, une tête de chèvre, un jus d'orange frais, des dattes, une poignée de pois chiches.

Entre mer, montagne et désert

Cap à l'ouest vers Essaouira, sur la côte atlantique. On aperçoit le long de la route les premiers arganiers. «Son bois sert au chauffage et ses fruits donnent une excellente huile utilisée par les femmes berbères en cuisine, en médecine traditionnelle et en soins de beauté. Même les chèvres grimpent dans l'arbre pour se nourrir de leurs feuilles» , explique Mohammed.

C'est fou comme cet arbre endémique au Maroc change de figure d'une région à l'autre. Ici, entre Marrakech et Essaouira, il est vert, touffu et haut. Par contre, en bordure de l'Atlantique et des montagnes désertiques de l'arrière-pays, il est plutôt maigrichon, tortueux et rabougri. «Malheureusement, l'arganier tend à disparaître du paysage marocain. À la fin du XIXe siècle, pour répondre aux besoins d'expansion des terres agricoles, on a procédé à des coupes massives.»

Essaouira ressemble à un petit village grec. Entourée de fortifications du XVIIIe siècle, la cité portuaire blanche balayée par le taros est classée au patrimoine mondial de l'UNESCO. Heureusement, l'étroitesse des rues de la médina protège de ce vent violent qui peut rendre fou. Nous logeons au riad Les terrasses d'Essaouira. Un autre bijou caché derrière une porte de bois cloutée. Qui, dans les ruelles des médinas, devinerait l'existence de ces petits palais au charme fou, restaurés pour la plupart par des Européens, dans le plus grand respect de l'architecture du pays?

Près d'Essaouira, une marche de cinq heures sur une plage réunissant hautes dunes et vagues à faire suer les surfers nous amène de Sidi Kaouki au village de Sidi M'Bark. On aurait pu marcher six jours encore. Et franchement, pour le plaisir des yeux. Outre quatre marcheurs, un pêcheur, un âne, trois dromadaires et un cavalier solitaire, nous n'avons rencontré personne.

Après avoir longé le littoral atlantique jusqu'à Agadir, notre voyage continue vers Ouarzazate, via les djebels (collines ou montagnes) de l'Anti-Atlas et la route des casbahs. Comment expliquer la beauté des paysages de ce coin de pays fréquenté par les cinéastes du monde entier? Partout, de magnifiques ksour (forteresses) et casbahs (forts) sur de hauts plateaux hérissés de mesas rougeoyantes et rainés de gorges et de vallées étonnantes où nichent des oasis.

À une quarantaine de kilomètres au nord-ouest de Ouarzazate, le ksar de Aït-Benhaddou demeure le plus important lieu de tournage de la région. Il a été popularisé dès 1962 par le film Lawrence d'Arabie. Le site a également servi de cadre au film Gladiator, de Ridley Scott, et à Babel, d'Alejandro Gonzalez. Plutôt photogénique au lever du soleil.

Si le thé à la menthe et les pâtisseries au miel dégustés en compagnie de Moha Oursi, un Berbère propriétaire d'un gîte dans le village d'Aït Youb, sur le versant sud du Haut-Atlas, ne laisse pas indifférent, comme la balade au sommet des dunes de l'Erg Chebbi, à Merzouga, et les paysages de far-west de l'Atlas, Fès coupe ad literam le souffle. Au sud la ville nouvelle, au centre la ville royale de Fès el-Jedid et au nord la médina de Fès el-Bali. Cette dernière est envoûtante.

Quartier des épices, des tanneries, de la poterie, de l'argenterie, tout se vend dans les 9500 ruelles encombrées de la médina où l'âne a priorité sur le passant. Des tapis, des babouches, des dattes, des têtes de dromadaire, des poules... On y fait même cuire son pain dans des fours communs pour quelques dirhams.
Et l'appel à la prière dans cette ville coiffée de minarets? Il s'agit d'un concert liturgique d'une rare beauté. Chose certaine, on ne peut pas que passer à Fès, il faut y rester. Pour mieux apprivoiser la première ville non européenne classée par l'UNESCO.  Et, bien sûr, comme aiment à le répéter les Marocains, pour le plaisir des yeux.

Hélène Clément  
Photos : Hélène Clément
riad_dar_anebar_fes.jpg
 

ArtSouk, Promotion du Patrimoine, de la Culture et de l'Artisanat Marocain
Siret : 451 157 200 - CNIL 881676 Copyright ArtSouk 2011
Mentions légales Contactez-nous Paiements sécurisés