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Histoire

Pré- et protohistoire au Sud marocain : Le patrimoine archéologique livre ses secrets

Abdellah Salih

Réf : 1443

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L'Anti-Atlas est un vieux massif sous forme d'un vaste bombement anticlinal qui s'étend sur 660 km, de l'embouchure du Draa au sud-ouest à la hamada du Guir au nord-est. Le plus haut sommet de la chaîne culmine à 2.712 m d'altitude au Jbel Amalou-n-Mansour dans le Saghro.

L'Anti-Atlas est constitué d'un matériel ancien et varié, notamment de calcaires, de schistes, et de grès. Dans sa partie occidentale et centrale, la chaîne est jalonnée par une série de dépressions précambriennes où s'intercalent des roches plus dures qui constituent des crêtes appalachiennes dont la plus importante est le Jbel Bani. 

 

Cet ensemble est entaillé, au sud de sa partie occidentale, par des oueds affluents du Draa. (Saadi 1983 ; Riser 1988 ; Pique 1994).

 

Parmi les 263 sites d'art rupestre connus au Maroc et qui figurent dans l'inventaire officiel dressé en 1977, la plupart se trouve sur la frange méridionale de l'Anti Atlas. En majorité, ces nombreux sites de gravures furent découvertes et publiées au cours des années 1960 et 1970, principalement grâce aux prospections effectuées par André Simoneau et ses collaborateurs (Simoneau 1969, 1971, 1973,  1976 ; Wolff 1976, 1982), mais aussi par des militaires (Ct. Lafanechère 1954), des explorateurs (Puigaudeau & Sénones 1965 ; Vinas Vallverdu 1981). Pour la plupart, ces pétroglyphes sont répandus sur les crêtes rocheuses qui dominent les feïjas au nord et les regs au sud du Jbel Bani, ainsi que sur les falaises de l'Assif-n-Tmanart. Par ailleurs, une grande concentration de gravures se trouve à l'est du Haut Draa (Ruhlmann 1945 ; Kaache 1999 ; Salih et Heckendorf 2002) et dans le Tafilalet (Souville 1968).

 

En revanche, la zone intérieure de l'Anti-Atlas occidental est restée largement inexplorée, en dépit de quelques travaux sporadiques (Letan 1966), au point de ne livrer que très peu de vestiges préhistoriques au nord de la ligne marquée par 29°20'N, dont quelques peintures rupestres. Abstraction faite des incertitudes liées à l'état des recherches, l'art rupestre de la frange méridionale de l'Anti-Atlas peut être caractérisé comme suit : Les gravures sont obtenues principalement par les techniques du poinçonnage et du polissage, mais on trouve également des gravures finement incisées ou poinçonnées et polies.

 

La première technique domine dans les zones situées au Nord, la deuxième dans ceux au Sud du Jbel Bani. Les pétroglyphes polis représentent en majorité des espèces sauvages, dont principalement des bovidés, mais aussi des animaux domestiques, comme par exemple des bovinés et des équidés, ainsi que des anthropomorphes, parfois des formes géométriques. Les dessins polis sont généralement attribués au style dit de "Tazina" qui est identifié à un art de chasseurs et qui est particulièrement bien représenté entre l'Atlas saharien et le Sud marocain.

 

Les gravures piquetées figurent principalement des bovinés et parfois d'autres animaux domestiques, comme par exemple des chiens, mais aussi quelques espèces de grands mammifères tropicaux, ainsi que des anthropomorphes, des armes, et une grande variété de formes géométriques. En général, elles sont identifiées à un art pastoral et attribuées au "Bovidien". Les deux types de gravures sont caractérisés par le grand nombre de dessins isolés et par la quasi-absence d'images qui montrent des activités ou des interactions entre les êtres vivants figurés. De ce point de vue, il est douteux que ces dessins soient les illustrations de scènes de la vie quotidienne de chasseurs ou de pasteurs.

 

Par ailleurs, et malgré quelques essais d'interprétation de l'art préhistorique de cette région du sud-est marocain, aucune classification chronologique sérieuse n'a été proposée. Les chercheurs qui s'y sont intéressés se sont bornés à appliquer à ces aires rupestres, avec des variantes mineures, les classifications " pan sahariennes" successives établies à partir des sites du Sahara central, notamment par Th. Monod en 1932 et H. Lhote en 1964. En outre, le débat sur la division classique des styles de l'art rupestre saharien et leur datation reste toujours ouvert, même si la faune représentée, particulièrement les espèces sauvages qui ont actuellement disparues de la région, en plus des éléments de la culture matérielle figurés, surtout les armes métalliques et les inscriptions, peuvent constituer les repères d'une chronologie relative.

 

Toutefois, la récente reprise des travaux de recherches sur la frange méridionale de l'Anti-Atlas et la découverte de nouvelles stations rupestres (Salih & Heckendorf 1998, 2000, 2001) permettra certainement de mieux cerner les nombreux problèmes posés par l'art rupestre situé entre le Tafilalet et l'embouchure du Draa.

 

Outre les gravures, la région de l'Anti-Atlas renferme quelques sites de peintures rupestres, particulièrement dans sa partie occidentale (l'abri de l'Assif Youmkat) et centrale (la grotte de Zir Labair et les abris d'Ifrane n'Taska). Ainsi, à 2 km en aval d'un affluent de l'Assif Youmkat et à environ 875 m d'altitude, se situerait un abri peint, dit du "Tapis". Parmi les motifs peints, il y aurait un boviné monté, et un anthropomorphe armé, de couleur blanche. (Simoneau 1969).

 

Faute de recherches ciblées, les renseignements archéologiques sur le bord sud de l'Anti Atlas central sont pratiquement absents. A. Simoneau avait connaissance d'une grotte peinte au nord -est de la Zaouïa de Sidi Abd en Nebi qu'il intégra alors, sans l'avoir vu lui-même, dans l'inventaire de l'art rupestre du Sud marocain. Elle fit l'objet d'une visite de reconnaissance de notre part en mai 1998. Dans cette région, les oueds qui collectent les eaux du Bani débouchent sur la plaine du Draa, parsemée de dayas et d'ergs.

 

La grotte se trouve à une altitude d'environ 500 m, à 10 km à vol d'oiseau au sud-ouest du site rupestre d'Ifrane n'Taska. Elle est située en contrebas du flanc ouest d'un canyon profond, étroit et entaillé, dans le versant méridional du Jbel Bani. Dans ces falaises s'ouvrent de nombreux abris sous roche et probablement plusieurs cavités inconnues. Celle qui nous intéresse ici est exposée au nord-est. Ses dimensions sont environ 4 m de long, 1,50 m de haut, et 12 m de profondeur.

Le sol est en pente vers l'extérieur. Le plafond est très irrégulier. L'ouverture est obstruée de blocs de calcaire gréseux effondrés et par des murettes aménagées pour servir d'enclos aux troupeaux. Le sol de la grotte est formé d'une couche superficielle compacte constituée de sédiments, de fumier et de fientes d'oiseaux de proie. L'entrée de la grotte est surmontée d'un énorme bloc qui forme un auvent. C'est sur le plafond de cet auvent qu'on a relevé des motifs peints en couleur rouge, en l'occurrence deux formes ovales, unies, décorées à l'intérieur par une série de pointillés rangés en demi-lune, ainsi que des bâtonnets.

A l'intérieur de la grotte, on a constaté les dégâts causés par des infiltrations d'eau et par des dépôts de suie. Quelques traces de peintures disparues subsistent dans une alvéole du plafond endommagé. Il s'agit d'un alignement de pointillés parallèles peints en teinte noire, effectués probablement au doigt, et recouvert d'une couche de calcite. La fréquentation de la cavité, à la fois par les autochtones et les touristes, a contribué à l'accélération du processus de détérioration des peintures.

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