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Les espaces du savoir : Mosquée, Msid, Médersa, Jami’a, Zaouïa

Le savant intinérant et la transhumance du savoir Mourad Khireddine

Réf : 1482

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Si la notion d’espace renvoie immanquablement à l’idée de fixité, elle ne doit pas cependant nous faire oublier la mobilité des hommes. Le lieu, tout lieu, est à prendre comme une étape, une halte, une escale plutôt que comme le point d’arrivée final. 

Cette pensée difficile à envisager existentiellement par un sédentaire est pourtant constitutive non seulement du savant marocain, mais de tout savant appartenant au monde arabo-musulman, plus encore, de tout musulman conscient d’une part que « nulle âme ne connaît ce qu’elle acquiert pour demain, nulle âme ne connaît sur quelle terre ellemourra »20, et d’autre part, que toute demeure est éphémère et que « seule perdure la Face de ton Seigneur, pleine de majesté et de vénération »21. La dimension de l’errance est au centre de l’être arabo-musulman, qu’il appartienne à la vie nomade ou à la cité –je ne dis pas à la vie sédentaire. L’alliance de la mobilité de l’être et de l’immobilité du lieu est déterminante dans la perspective d’approche des espaces du savoir. Le lieu donc, pour fixe et immobile qu’il soit, recevra de l’homme ce qui le rendra éphémère, transitoire et donc tout aussi mobile que les êtres. D’autant qu’il est dit dans le Coran : « À voire les montagnes tu les croirais inertes, alors qu’elles vont de l’allure des nuages22

A. LA MOSQUÉE

Le premier lieu du savoir est par excellence La Mosquée, « La Mosquée et l’enseignement constituent dans l’Islam un couple d’éléments inséparables depuis l’apparition de celui-ci; en effet, à peine le Prophète eût-il fixé sa demeure en terre d’Islam qu’il construisit une Mosquée. C’est dans la Mosquée qu’il disait la prière et s’asseyait pour enseigner…»23 C’est là donc, au Maroc comme ailleurs, que l’enseignement religieux est dispensé mais, peu à peu, d’autres espaces vont prendre le relais pendant que de nouvelles matières variées sont introduites. Nous aurons alors, à côté de la Mosquée, les écoles coraniques –Msid– ; les Médersa(s) comme laMédersa Ben Youssef à Marrakechmet la Jami’a al Qarawiyyne de Fès. Ces espaces, vont se multiplier dans tout le territoire et accueillir des élèves itinérants.

B. MSID, HDAR


Le Msid [qui est une contraction en arabe de Masjid = Mosquée] ou L’Hdar [qui signifie citadiniser] est un espace ouvert à toute personne désireuse d’apprendre le Coran. On peut y entrer à tout âge, mais l’âge minimal est de cinq ans. D’une manière générale, les enfants y font acte de présence tous les jours et ce, jusqu’à la fin de leur “cursus” –si je puis dire. Les personnes âgées qui désirent apprendre ou réapprendre davantage Le Coran et parfaire leur connaissance du Livre Sacré et desHadith–s– [les Dires du Prophète] se joignent tout simplement aux autres élèves. Quant à celles qui ont un métier, elles passent au Msid pour recevoir la leçon du jour et rejoignent leur travail. C’est là, dans leur échoppe, dans leur atelier, ou ailleurs que, profitant de moments de répit, elles s’activeront à apprendre leurs versets du Coran ou leur texte de grammaire ou de poésie. Le Fqih supervise tous les niveaux, dicte, contrôle et corrige tout à la fois faute, ponctuation et vocalise, quant il n’écrit pas lui-même la partie à apprendre aux élèves débutants. Cependant, à mesure que l’élève
progresse, il devient, disons, tuteur d’un élève débutant.

Le Fqih est rémunéré par les parents des élèves, le mercredi et le dimanche, mais c’est chaque élève qui lui apporte la somme d’argent qui est laissée à la discrétion de chaque famille en fonction de ses moyens. De temps à autre, un parent d’élève aisé offre un grand repas qu’il fera envoyer au Msid ou en recevant chez lui élèves et Fquih.

Nous retrouvons la même structure de formation à la campagne où le Fquih en plus de l’enseignement qu’il donne aux élèves, dirige la prière. Il est payé par la Jma’a en argent et en nature [laine et blé]; on lui attribue, également, un lopin de terre, que le village se charge de faire fructifier pour lui. L’enseignement est dispensé soit dans une pièce mitoyenne à la Mosquée soit dans une Zaouïa.

Si l’élève désire aller plus loin dans son initiation, il devient alors ce que l’on appelle un élève itinérant. Où que soit le Msid où il s’arrêtera, il recevra le gîte et le couvert : une famille du village se chargera de lui donner ses repas du jour. Ces “écoles” où l’enseignement est très poussé existent encore aujourd’hui dans les grandes villes et dans différentes régions reculées du Maroc. Il n’y a pas longtemps, dans un village montagneux à moins d’une heure de Marrakech, Amizmiz, j’ai croisé un élève d’une école coranique qui passait en tenant son plateau de nourriture. On m’a expliqué, que les élèves du Hdar venus pour la plupart des régions les plus éloignées du pays,recevaient leurs repas des familles du village selon un calendrier établi à l’avance par la
 Jma’a [Assemblée du Village].

On peut ajouter comme espace d’apprentissage lié aux aléas de l’Histoire : les maisons. On sait par exemple que pendant ce que l’on appelle le Grand siècle d’Or de l’Espagne qui coïncide paradoxalement avec la puissance inquisitoriale, la communauté des Morisques et des Musulmans qui vivaient encore dans les villes et les localités andalouses n’avaient plus le droit de créer des “écolescoraniques”, de pratiquer leur religion et de célébrer leurs fêtes religieuses, sous peine de finir sur le bûcher. Mais la menace de l’Inquisition n’empêcha pas l’enseignement du Coran de continuer dans le secret dans les maisons sous la direction non pas de Fquih, mais de Faquihates, c’est-à-dire de femmes enseignantes. Il subsiste encore des procès de l’Inquisition concernant des femmes arrêtées et condamnées pour avoir enseigné dans leur maison le Coran aux enfants.

C. JAMI’A, MÉDERSA


Quand l’élève a assimilé le Coran, ainsi que les matières qui l’accompagnent, il se dirige alors vers ce que l’on appelle tantôt La Médersa, tantôt la Jami’a autrement dit l’université. Avant que celle-ci ne connaisse une réorganisation vers les années 1936, le Taleb qui arrivait du Msid allait de cercle en cercle d’enseignement jusqu’à ce qu’il trouve les matières de son choix. Il se joignait alors aux Talaba–s– qui formaient un cercle autour du professeur, et suivait assidûment ses cours sanctionnés par une Ijaza. L’élève recevait autant d’Ijaza–s– qu’il avait suivi d’enseignements. Chacune des Ijaza–s– lui étant délivrée par le professeur de la matière dans laquelle il avait excellé. Muni de ces “diplômes”, il pouvait à son tour prétendre enseigner, à l’université même, s’il est appuyé par les professeurs qui lui ont donné, chacun, uneIjaza, ou dans un Msid à la ville ou à la campagne.Après l’organisation de 1936, l’élève qui entrait à la Médersa ne choisissait plus ses cercles d’enseignement, mais était soumis à un examen oral d’évaluation par un jury qui l’orientait ensuite vers l’un des trois niveaux de l’enseignement correspondant à sa connaissance du Coran, et de certains textes versifiés relatifs à la grammaire et aux rituels religieux. Comme je le disais, le Taleb est orienté vers le primaire qui dure trois ans, ou le secondaire qui dure, lui six ans, ou directement vers le
supérieur sanctionné au bout de trois ans.

D. ZAOUÏA

Espace d’enseignement à l’exemple du Msid et de la Médersa, la Zaouïa est de plus un espace d’éducation au sens où l’on y apprend, entre autres, l’éthique envers Dieu et ses créatures. Que cette éthique se dégage des enseignements donnés dans les autres espaces, cela ne fait aucun doute, mais dans la Zaouïa, elle est davantage approfondie par une pratique quotidienne.

La
 Zaouïa est en fait un lieu fondé par un Wali24 qui s’est distingué par un charisme très élevé qu’il a mis au service des nécessiteux, des malades, des êtres égarés. Dès lors, ses actes, comme ses paroles, en conformité totale avec l’esprit et la lettre du Coran et de la Sunna, apportent un éclairage sur le Livre Saint et les Hadith-s. Dans la Zaouïa, on apprend à ceux qui le désirent, enfants ou adultes, le Coran, et les Hadith-s–, comme au Msid, mais aussi des matières complémentaires comme on en trouve dans les Médersa-s– ou les Jami’ates. De plus, bon nombre de Zaouïas–s– comme la Zaouïa Ash-Sheikh Youssef at-Tadili, près de Chefchaouen, par exemple, avaient deux ailes, l’une pour les hommes et l’autre pour les femmes, et elles dispensaient aux femmes le même enseignement qu’aux hommes25 ; de même, apprend-on dans un ouvrage intitulé Fath at-Ta’yyd de Hassan ben Mohammed ben Rissoune [mort en 1055] que «la Dame Zohra, fille de Abdallah al-Kaouach, avait une Zaouïa à Marrakech d’une grande renommée dans le domaine du at-Tassawwouf. Sidi Mohammed Ibn ‘Ali Ben Rissoune […] lui a rendu visite et elle lui a servi à manger dans sa Zaouïa près du Souk al-Hjar non loin de la grande Mosquée construite par Youssef Ibn Tachfine.»26

À côté de l’apprentissage exotérique, la
 Zaouïa dispense un enseignement ésotérique qui introduit le disciple dans la recherche de la proximité avec Dieu. Cet enseignement soutenu par une pédagogie particulière –qu’il serait très long de développer ici– travaille à l’éveil et au développement des autres possibilités de connaissance en plus des facultés sensorielles et rationnelles; aiguise la vigilance et permet de réorienter vers le divin l’existence avec tout ce qu’elle charrie comme sciences, connaissances, faiblesses, joies, misères, émerveillement, perplexité, stupeur. Dans les Médersa-s– et les Jami’ates il y a effectivement une matière intitulée At-Tassawwouf –que l’on traduit improprement par le Soufisme ou encore “mystique de l’Islam”– qui est enseignée, mais l’approche méthodologique d’enseignement n’est pas accompagnée de la pédagogie du Sheikh. At-Tassawwouf y est enseigné comme une matière plutôt que comme un cheminement vers le divin.

Si le rôle, déterminant, des
 Mutassawifa-s– [soufis] dans le développement et l’expansion d’une part, des sciences, comme les mathématiques, la médecine, l’alchimie, l’optique, l’astronomie, etc.27,et, d’autre part, de la connaissance ésotérique accompagnée d’une maîtrise des états et des étapes de la psyché humaine28 est réel, en revanche, c’est à peine si l’on commence à entrevoir sa véritable ampleur qui est encore mal connue, voire inconnue, même dans les milieux spécialisés. Cependant pour ce qui nous préoccupe aujourd’hui, il faut dire que ces hommes de sciences et de connaissance, qu’ils fussent du Maghreq ou du Maghreb ont été pour la plupart de grands itinérants. Ni les distances, ni les déserts ni les mers, ni les accidents géographiques, ni les guerres, ni l’insécurité n’ont fait fléchir leur marche. Et ceux qui se sont arrêtés quelque part, ils ont fondé des Turuq–s– plur. de Tariqa qui ne signifie rien moins que “voie”, “chemin”, “route à suivre”, mais aussi “démarche”, “méthode”. Elle implique donc l’idée de mouvement, de déplacement, d’étape, de halte, de départ, mais également de discipline.

E. JAMA’ LAFNA


À côté de ces espaces, les uns “officiels”, les autres clandestins, il y a un autre espace non moins important où circule la culture dans toutes ses figures : il s’agit des places publiques dont le prototype n’est rien moins que la Place Jama’ Lafna. Là, la culture nommée hâtivement “populaire” charrie en réalité bien des sciences, autrefois majeures, aujourd’hui “folkloriques ”, dirions-nous. Sur la Place, se côtoient dentistes, pharmaciens traditionnels, herboristes, rebouteux, chez qui se présentent aujourd’hui encore des patients pour arracher une dent, soigner une douleur, replacer un membre déplacé… Cette médecine traditionnelle est, en réalité, celle-là précisément qui va enfanter la médecine moderne et dont les origines remontent à Ibn Razi –Razès–, Ibn Sina –Avicenne-, Ibn Roschd –Averroès-, pour ne citer que les plus connus et dont les écrits furent enseignés à la Faculté de Médecine de Montpellier, par exemple, jusqu’au XVIIIe siècle! Cette science aujourd’hui tolérée par les autorités pour diverses raisons29 est encore transmise selon des canaux qui relèvent soit de l’héritage de père en fils, soit d’une formation reçue par le disciple auprès d’un maître, soit enfin d’undon qui s’est révélé, parfois tardivement, au pradipraticien30.

L’espace d’apprentissage du tradipraticien est encore mal connu. On connaît celui du rebouteux et de l’herboriste qui subsistent encore de nos jours, mais d’autres tradipraticiens particulièrement ceux qui voyagent de village en village, de souk en souk –marché hebdomadaire–, certains à pied ou à dos de mulet pour atteindre les zones d’accès difficiles, pour offrir aux malades des régions reculées des traitements à base d’onguents, de compositions tirées de la pharmacopée traditionnelle, voire parfois des pilules! Cet aspect mériterait à lui seul, une recherche approfondie.31

Revenons à la
 Place Jama’ Lafna. À côté donc de ces tradipraticiens, il y a les conteurs qui véhiculent une culture populaire issue d’une littérature souvent savante. Les contes, les récits des Mille et une nuits, les exploits de héros mythiques ou historiques enrichis de l’imaginaire du conteur participent dans une large mesure à l’acquisition d’une culture, certes, populaire, mais qui rend accessible à un large public venu de différentes régions, l’arrière-fond religieux, philosophique,spirituel, politique, érotique, etc.

La
 Place Jama’ Lafna est donc un espace où se superposent et s’expriment, grâce à une tradition orale maîtrisée, plusieurs couches de cultures qui répondent à une foule attentive, une foule en mouvement, à une foule toujours identique à elle-même, constituée d’hommes, de femmes et d’enfants de tous âges, qui viennent recevoir ou chercher des réponses à des questions de divers ordres. Le mouvement de la foule n’est pas à prendre dans son expression massive, mais plutôt dans la riche composition de ses individus, venus d’horizons différents, parlant des dialectes ou des langues différents, vêtus d’habits différents qui renvoient à leur lieu d’origine. Plusieurs aspects sont réunis dans cette Place qui charrie autant de cultures qu’il y a de personnes. Dans une proportion moins spectaculaire et dirais-je, moins mythique, on retrouve cette figure de Place dans toutes les villes du Maroc ainsi que dans les souks hebdomadaires. –Pour l’anecdote, quand j’étais enfant, chaque fois que je le pouvais, je courais avec ou sans une pièce de monnaie écouter un conteur, parfois le même,souvent différent, qui racontait une histoire sur une large esplanade derrière notre maison dans un quartier très populaire de Casablanca. Cette image m’est restée de même que me sont restées dans l’esprit la figure mince et la voix cassée du conteur.

Un fait paradoxal mais non moins prometteur à relever est que s’il est vrai, selon les résultats statistiques qu’il y a un taux d’analphabétisme très élevé au Maroc, en revanche, le niveau culturel de la population est bien au-dessus de ce qu’infèrent les normes et les critères des études d’organisations internationales. La relation au monde, la relation à la nature et la relation aux êtres dans leur figure minérale, végétale, animale et humaine, toute cette dimension est portée par la culture dite populaire et s’affirme comme une réponse particulièrement édifiante tant sur le plan existentiel que sur le plan ontologique.

Que cette culture soit en train de changer, c’est là, un fait qu’il serait difficile de nier, cependant le changement n’est pas nécessairement une perversion du traditionnel par une pénétration et une influence de la modernité. Le
 traditionnel filtre et assainit le nouveau non pour le rendre pareil à l’ancien comme on a tendance à le croire ou à le supposer, mais pour en transmettre ce qui apportera un mieux-être à la communauté. Cette démarche subtile et nuancée n’est pas souvent perçue ainsi. Et pour cause! la modernité –dont personne ne peut nous donner le sens ni le contenu–, la modernité donc au sens large et confus du terme, tente d’imposer ses apports positifs et, plus encore, ses multiples dérives dont les retombées sont inconnues, mais l’homme marocain, –et je crois que l’on peut étendre cela à l’homme arabo-musulman–, n’a pas encore perdu son âme ou ce que Heidegger appelle « la capacité de l'homme à bâtir et à habiter dans le domaine de l'essentiel.»32

La Place
 donc est un poumon de la cité. Par elle, respirent les différentes facettes de la société. Elle est donc un espace de culture, d’apprentissage, d’expérience, de spectacle, mais aussi, d’une certaine manière, un lieu qui exerce une thérapie collective. Là viennent respirer et expirer les rêves, les frustrations, les sourdes colères, les angoisses, les souffrances et les peines d’une foule, toujours la même, toujours renouvelée avide d’un traitement qui libère ses pulsions, expurge ses sanies, purifie son esprit et lui permet de replacer les choses dans l’ordre qui convient, du moins pour un temps. On peut dire que Jama’ Lafna ce lieu, ce carrefour de cultures multiples, ce lieu de la foule mouvante, par une curieuse alchimie de la Terre, du Temps et de l’Homme a fini par habiter un espace non moins immense : l’imaginaire des hommes.

F. LES ESPACES MODERNES

 
On peut dire qu’aujourd’hui, au Maroc, mais aussi, d’une manière étendue, dans le monde arabomusulman, des espaces culturels d’âges différents
 coexistent dans un même village, dans une même ville, voire dans un même quartier. En effet, à côté des Msid, Hdar, Médersa, Jami’a, Zaouïa, nous avons ce que l’on appelle les espaces modernes d’enseignement, c’est-à-dire l’école primaire, le collège et le lycée, et les universités constituées de leurs Facultés et de leurs Instituts, ainsi que des Écoles d’ingénieurs, d’architecture ou de Marketing et de Management. Ces nouveaux espaces se préoccupent de donner une instruction et une formation plutôt que de développer une culture, si ce n’est celle qu’on appelle : culture de l’entreprise.

Leur enseignement, à quelques différences près, s’aligne sur celui des universités européennes. Et les étudiants marocains qui veulent poursuivre leurs études spécialisées en Europe ne trouvent pas de difficultés majeures si ce n’est dans la langue, du moins pour certains, dans les premiers temps. Quant à ceux qui terminent leur spécialité au Maroc même et qui veulent s’expatrier en Europe ou en Amérique, ils ne rencontrent pas, sur le plan strictement professionnel, de problèmes d’adaptation. Si les matières et les langues enseignées ainsi que les diplômes délivrés font des espaces modernes les plus aptes à répondre aux urgences de l’heure, si, par ailleurs, on les considère aujourd’hui comme des espaces ouverts sur le monde, ils n’ont pas, cependant, réussi à être porteurs de l’ensemble des phénomènes culturels du pays.


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Notes 

20- Le Coran, Sourate XXXI, Verset 34. Trad. Jacques BERQUE, éd. Albin Michel.

21- Id., Sourate LV., Verset 27.

22- Id., Sourate XXVII, Verset 88.

23Anouar Abdel-Malek , Anthologie de la littérature arabe contemporaine, éd. Seuil, 1965, p.87

24-La traduction courante en langue française, et sans doute aussi en d’autres langues européennes, est « Saint », mais le cheminement de la wilaya n’a rien à voir avec la canonisation d’un saint. Le Walî n’est pas un homme qui est canonisé par un autre homme. Lire à ce propos, Michel CHODKIEWICZ, Le Sceau des Saints, Prophétie et sainteté dans la doctrine d’Ibn Arabi, éd. Gallimard qui écrit, entre autres, : « Nous traduisons par “saint”, conformément à l’usage et faute de mieux, le mot walî , au pluriel awliyâ, de la racine WLY. Il faut tout de suite signaler, sans anticiper sur les analogies ou les différences qui apparaîtront ultérieurement entre la nature du walî et sa fonction dans l’économie de la spiritualité islamique et celles du saint dans d’autres formes religieuses, que, d’un point de vue strictement étymologique, les véritables équivalents des termes français “saint” ou “sainteté” devraient être formés sur la racine QDS, qui exprime l’idée de pureté, d’inviolabilité et fournit donc les correspondances souhaitées avec le grec hagios et le latin sanctus (hébreu qâdôsh) ; ou encore sur la racine HRM,qui exprime une notion certes distincte en principe (celle de “sacralisation” que traduisent le hieros grec et le sacer latin) mais qui, dans la pratique, n’est pas toujours discernable de celle de sainteté : en anglais, the Holy est “le sacré” mais the holy man signifie usuellement “le saint homme”…» p.33-34. et quelques lignes plus loin :« le sens premier de WLY est celui de proximité, de contiguïté ; en dérivent deux familles de signification :“être ami”, d’une part, “gouverner, diriger, prendre en charge”, d’autre part. le walî c’est donc proprement l’“ami”, celui qui est proche mais aussi, comme le souligne par exemple Ibn Manzûr, dans le Lisân al-arab, le nâsir, “celui qui assiste”, le mudabbir, celui qui régit.» p. 34.

25- Abdelkader AL’AFIYA, al-Hayat as-Siyassiya wa al-Ijtima’ya wa al-Fikriya bi Chefchaouen wa Ahwazouha, éd. du Ministère des Habous et des Affaires Islamiques, Rabat, 1402/1982, p.231.

 26 - op.cit. p. 234. trad. du passage de Khireddine MOURAD. Abdelkader AL’AFIYA conclut en disant : « Ainsi trouve-t-on que la femme a participé, dans cette région (le Nord du Maroc) ou dans les régions des autres provinces marocaines, dans la vie soufie et qu’elle s’est nourrie de l’esprit du at-Tassawwouf et de ses pensées.» p.235

27-Voir à ce propos l’ouvrage édifiant de Seyyed Hossein NASR, Sciences et savoir en Islam, éd. Sindbad, 1979

28- Cf. Eva de VITRAY-MEYEROVITCH, Anthologie du Soufisme, éd. Albin Michel, 1995. Voir aussi : Djamchid MORTAZAVI, Soufisme et psychologie, éd. Du Rocher,1989 ; Omar ALI-CHAH, Soufisme et thérapie, éd. Guy Tredaniel, 2003.

29- Abdeljalil MOULAY et Khireddine MOURAD, “Les rebouteux : place de ces tradipraticiens dans la prise en charge desmtraumatismes de l’appareil locomoteur”, COLLOQUE INTERNATIONAL, Pratiques soignantes, éthiques et sociétés : impasses, alternatives et aspects nterculturels, Lyon, 7, 8, 9 et 11 avril 2005.

30- BELLAKHDAR Jamal, La pharmacopée marocaine traditionnelle, Ibis Press, 1997 ; BEN BOUJEMA Lahcen, Médecine traditionnelle en traumatologie orthopédie dans la région d’Errachidia, thèse nº 147, soutenue en 1995, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat ; BEN SEDDIK Mohammed, Le traitement traditionnel des traumatismes des membres à Tanger, thèse nº184, soutenue en 1999, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat ; EL MAJIDI
Ahmed, Médecine traditionnelle en traumatologie orthopédie dans la région de Marrakech, thèse nº38 soutenue en 1990, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat ; LYAGOUBI Abderrazzak, Les rebouteux dans la Province d’Oujda,thèse nº150, soutenue en 1991, Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat ; WAKASS Hicham, Traitement traditionnel en matière de traumatologie orthopédie dans la ville d’Agadir et sa région, thèse nº259, soutenue en 1995,Université Mohammed V Faculté de Médecine, Rabat.

31Jamal BELLAKHDAR, La pharmacopée marocaine traditionnelle, éd. Ibis Press, 1997.

32- Martin HEIDEGGER, le principe de raison, éd. Gallimard, 1957, p.96

Le savant itinérant et la transhumance du savoir

Mourad Khireddine

JOHANN WOLFGANG GOETHE UNIVERSITÄT FRANKFURT AN MAIN

Centre Interdisciplinaire de Recherche sur l’Afrique –CIRA–

Colloque :
LE SAVOIR ET LES SCIENCES EN AFRIQUE
Du 24 au 27 juillet 2006

Source :
http://agora.qc.ca/Documents/Maroc--Le_savant_intinerant_et_la_transhumance_du_savoir_par_Mourad_Khireddine

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