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Les marocains

Du "Bled" au camping, mémoires de vacances

Par Abdelhafid Hammouche

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Le temps des vacances
Numéro 1243 - mai juin 2003


Du “bled” au camping,  mémoires de vacances
par Abdelhafid Hammouche,
maître de conférences à l’université Lumière Lyon-II, chercheur au Cresal-CNRS

Le type de vacances prises par les familles immigrées évolue au fil de leur installation en France. Les premières années, le travail prend le pas sur tout. Puis l’on réalise que le retour au pays n’est pas pour demain, et l’on prend alors la route des “facances”. Enfin, ce n’est que lorsque les enfants grandissent que l’on commence à prendre de vraies vacances, en France, puis ailleurs.

Cette aventure, culturelle, personnelle, familiale, est aussi le temps des confrontations entre mémoire et réalité, entre cette réalité et les espoirs de retour, entre désirs de détente et contraintes de la collectivité.

On pourrait commencer une petite histoire des vacances par l’évocation des congés et des films qui font référence à l’été 1936. Plus près de nous et plus limité, “Tonton du bled”, un tube de rap des années quatre-vingt-dix du groupe 113, tiendrait le même office d’introduction. Dans cette chanson, on évoque les vacances et les quelques mots qui précèdent la musique sont ceux d’un homme s’adressant à un enfant, lui enjoignant de prendre le cabas et de le charger dans la voiture.

Ces mots annoncent bien plus qu’un voyage, toute une aventure interculturelle. La suite de la chanson traite des relations qui se nouent au bled, faites d’incompréhension, de stéréotypes, de tendresse, d’ironie, d’attraits et de rejets.

Les contemporains des années soixante-dix et quatre-vingt s’y retrouveront au moins en partie : les uns avec l’image de ces voitures lourdement chargées, les autres avec ces sentiments d’ambivalence marquant et l’attente et la crainte de ces retours parfois obligés. C’est toute une histoire de France qui se déroule avec cette chanson ; une chanson qui prend place ces dernières années aux côtés de nombreuses autres expressions (filmées, romanesques…) pour mémoriser, discuter et donner en “partage” au public ces épisodes d’un temps tout proche. Les émotions se disent donc, pas encore ouvertement, mais avec moins de retenue et, en tout cas, ne sont plus cantonnées aux coulisses familiales.

On pourrait également évoquer, plus loin de nous, les retours des migrants des premières décennies du XXe siècle. Ces retours, lors de congés pris en fonction du calendrier de l’entreprise, disaient, selon la manière dont était géré ce temps vacant, l’emprise du monde industriel ou de celui du village.

À la suite d’Abdelmalek Sayad, on opposerait ces migrants qui reviennent au pays le plus discrètement possible – car le “séjour” loin du village est une honte signifiant que la migration n’a toujours pas cessé et les problèmes qui l’ont engendrée non plus – avec ceux qui dans la période suivante s’affichent plus ouvertement. Les premiers migrants, ceux d’avant la Seconde Guerre, souhaitaient, lors d’éventuels séjours que l’on ne saurait qualifier de vacances, effacer toute trace d’une quelconque distance culturelle avec ceux du village.

Quelques décennies plus tard, et lorsque les paysans migrent pour s’éloigner d’une condition qui leur convient moins, les “retours” sous forme de séjours plus ou moins courts, prennent une autre signification.

Pour les plus âgés, ceux qui avaient “réellement” connu le “pays”, il s’agissait bien d’un retour quand pour les plus grands de leurs enfants il était difficile de préciser le statut du séjour dans ce pays dit “d’origine”.


Certains en avaient quelques souvenirs, d’autres découvraient durant l’enfance le lieu où ils étaient nés. Puis on sait l’histoire tourmentée de ces rapports ambivalents pour ces lieux d’origine tour à tour mythifiés, dévalorisés, attendus et craints, faisant l’objet de discussions convenues ou au contraire enflammées..
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