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Les marocains

Enquête sur le cannabis au Maroc

sources : emarrakech.info & dounia-news.com

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En l'an de grâce 2003, la culture du cannabis s'est intensifiée sur le flanc septentrional du Maroc. Une enquête officielle menée par le gouvernement et un organisme onusien donne, pour la première fois, les vrais chiffres de cette culture illicite. Et bouscule, dans la foulée, quelques clichés.

Le patron de l'Agence de développement du Nord, Driss Benhima, parle volontiers d'une « radiographie sur l'état du cannabis au Maroc », et d' « une volonté marocaine de faire la lumière exacte avec des paramètres scientifiques sur l'ampleur de la culture du cannabis dans le Rif ».

Le directeur exécutif de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), Antonio Maria Costa est, lui, prompt à évoquer « la détermination et l'esprit de transparence dont les autorités du Maroc font preuve avec le lancement de cette enquête et leur souhait de voir la communauté internationale s'y associer à travers l'ONUDC ».

Entre hommage, transparence et méthodes scientifiques, la présentation, lundi soir à Rabat, de l'enquête officielle sur le cannabis au Maroc 2003 avait assurément des accents de première.

A l'agence du Nord, on se fait fort de faire remarquer que « c'est bien la première enquête du genre réalisée dans le monde sur le cannabis ». « Et les résultats ne sont pas exactement ceux qui alimentaient la rumeur », renchérit un Benhima désormais imbattable sur la résine et le cannabis. Et de mettre en garde le microcosme médiatique : « Ne donnez pas à cette enquête une dimension qu'elle n'a pas.

C'est une enquête presque banale qui n'a, en tout cas, rien de politique ».
L'enquête a donc été lancée en juillet 2003 dans cinq provinces, la sixième, celle de Taza, ayant très vite été exclue pour non-présence de cannabis. Ce sont les champs d'Al Hoceima, Chefchaouen, Larache, Taounate et Tétouan qui ont retenu toute l'attention.

14 000 kilomètres d'enquête et des conclusions à consommer sans modération. Côté marocain, on rappelle à l'envi les objectifs de cette enquête utilisant une technologie à la pointe, dont un satellite opérationnel depuis 2002 seulement.
Le pari était ici de quitter le monde de la rumeur et des on-dit et de savoir exactement l'étendue de cette culture illicite en terre marocaine. Le cahier des charges est aussi clair que précis : localiser et quantifier l'étendue des surfaces cultivées de cannabis dans les provinces du Nord et plus exactement dans la région du Rif, estimer la production de résine de cannabis et recueillir des données socioéconomiques.

Le mythe de Ketama

Si les résultats rendus publics lundi soir donnent à réfléchir, ils permettent aussi de rectifier quelques idées reçues. L'expansion existe mais elle est comme maîtrisée.
Ainsi, la culture du cannabis s'étend sur 134 000 hectares des 14 000 km2 des 5 provinces couverts par l'enquête alors qu'un quart de la surface agricole utile est utilisé pour cette culture. C'est Chefchaouen qui se taille ici la part du lion avec 86% du cannabis concentrés sur les terres de la province. Précision de l'Italien Costa : « La culture du cannabis ne représente que 1,5% des 8,7 millions d'hectares des terres agricoles du pays ».

Le Maroc confirme-t-il sa réputation de super-producteur mondial de cannabis ? Pas vraiment lorsqu'on réalise que la production totale de cannabis brut est de 47 400 tonnes et écorne le mythe hippie de Kettama. Driss Benhima a du mal à cacher sa satisfaction teintée d'optimisme. « Dans la série des bonnes nouvelles, on est quand même loin des 200 000 ou 250 000 tonnes de production marocaine qu'on entendait ici et là ! Quant à la stabilité des saisies, elle laisse à penser qu'elle concerne aussi la production ».Chefachaouen, encore elle, est en tête du hit-parade avec une production de 43%, suivie de la province d'Al Hoceima et ses 25% et Taounate avec 21% du cannabis produit. Quant à la production de résine, elle est évaluée à 3080 tonnes.

Dans les 5 provinces-enquêtes un peu plus de 60% des familles cultivent le cannabis. 96 600 familles vivent de cette culture, qui est en fait la principale source de revenus dans cette région du Rif escarpée et à la forte densité.
Le directeur exécutif de l'ONUDC est confiant. Il égrène quelques chiffres comme pour mieux étayer son sentiment de confiance. « Les revenus du cannabis par famille est de 20 900 dirhams par an. Cette culture représente moins de 1% du PIB du Maroc ».

« En fait nous sommes victimes de la demande. Le chiffre d'affaires estimé du marché du haschich d'origine marocaine réalisé par les circuits de trafic dans les pays européens est estimé à 12 milliards de dollars alors que les producteurs locaux en tirent un revenu total de 214 millions de dollars », renchérit M. Benhima Et si dans ces terres lointaines du Rif, la culture du cannabis est ancestrale, elle est surtout et dangereusement monoculture. L'écosystème est menacé, et les habitants brûlent leur capital en détruisant les forêts pour qu'y poussent les fleurs du mal.

Le Rif quant à lui produit 47 000 tonnes par an.

La superficie cultivée s'étend sur 134 000 hectares en 2003. Les producteurs en tirent plus de 2 milliards de DH alors que la valeur commerciale est de 120 milliards () A l'instar de la culture de drogues illicites, la production de cannabis au Maroc est largement stimulée par la demande. "Les habitudes de l'Europe en matière de consommation de drogues sont au cur de cette activité illégale, qui s'explique, sans se justifier, par la pauvreté de la population du Rif", a déclaré Antonio Maria Costa, directeur général de l'ONUDC (Office des Nations Unies contre la drogue et le crime) qui a piloté l'enquête () Des zones forestières, l'une des spécificités du Rif, sont détruites chaque année pour permettre de nouvelles cultures de cannabis, accélérant ainsi l'érosion des sols. (Noureddine Fassi) L'ECONOMISTE  16.12.03

Et les cultures alternatives dans tout cela ? MM. Benhima et Costa se rejoignent sur un seul et même paramètre : le temps.
«Il faut agir en amont et parier d'abord sur une nouvelle organisation sociale du Rif avant de parler de culture alternative », explique le nouveau directeur général de l'Agence en charge du développement des provinces du Nord.
« Ne croyez surtout pas qu'en un seul coup de baguette, la culture du cannabis sera éradiquée, que la communauté internationale mobilisera des fonds, que la demande européenne baissera », répond comme en écho le directeur exécutif de l'ONUDC.

 Conclusion du patron de l'Agence du Nord :
la logique de la répression ne doit pas prendre le pas sur la logique de développement. « La solution est d'abord économique. Désenclaver, urbaniser les centres ruraux, remembrer les parcelles, mettre en place une nouvelle organisation.
Quant au pouvoir de conviction des populations, il est par-dessus tout important » 

Narjis Rerhaye - Le Matin
2003-12-17
source :  
http://www.emarrakech.info

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