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Histoire

1975 'La marche verte'

René-Jean Dupuy Professeur honoraire

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Il ne s'agit pas ici d'étudier le problème de la décolonisation du Sahara occidental, mais d'évoquer, à la faveur d'un événement considérable qui en a marqué une étape décisive, le style messianique que peuvent adopter les rapports du Roi et de Son peuple.

Annoncée le 16 octobre 1975, dans le cadre d'un problème intéressant deux Etats, le Maroc et l'Espagne, la Marche Verte a eu immédiatement un retentissement universel.

Elle fut l'un des événements qui marquent un temps mondial, en ce sens que, meme ceux qui ne sont pas directement concernés par lui, éprouvent le sentiment d'être contemporains d'un fait historique insolite et fondateur qui, au moment même où il se produit, entre déjà dans la légende.

Qu'au sein d'une situation conflictuelle dans laquelle l'appel aux armes est concevable sinon attendu, 350000 hommes et femmes s'ébranlent dans le désert, derrière leurs drapeaux, armés du seul Coran et de leur foi, déconcerte et séduit.
Un tel événement prend la valeur d'un mythe porteur; il donnera lieu à un récit dont la vertu d'exemplarité se perpétuera dans la mémoire des peuples.

C'est le mythe, tel qu'il fut systématisé par G. Sorel, à la fin du siècle dernier: faisceau d'images motrices, il est mobilisateur.

Un peuple uni à l'ombre du pas de Dieu
Conçue selon une raison stratégique, la Marche Verte s'adressait à la ferveur. Elle en appelait à la conscience historique et au patriotisme des Marocains mais elle prenait aussi ses assises sur le sentiment religieux.

Dans la Préface qu'Il a donnée au livre commémoratif de la Marche Verte, le Roi Hassan II écrit: «J'ai cherché inspiration et espoir dans les enseignements du Saint Coran, dans Mon passé de patriote et de militant pour l'indépendance de Mon pays, et dans Mon attachement à la paix»... « C'est une empreinte religieuse qui m'a amené à élire le vert, insigne de tous les symboles et les vertus véhiculés par l'étendard de l'Islam, comme couleur de la Marche ».

On réalise comment la référence à Dieu transfigure les deux thèmes essentiels, celui de la marche et celui de l'espace où elle se déroule. L'image de la marche prend toute sa portée lorsqu'eue est celle d'un peuple.

On sait l'utilisation qu'en a faite la Chine de Mao, mais cette exploitation de l'événement est venue après coup, sa force irrésistible résultait du fait quelle avait réussi. Au contraire, la Marche Verte apparaissait comme l'élan animant un projet risqué dont le succès était placé sous la protection de Dieu.

On connaît la signification spirituelle du désert: l'immensité, la solitude sont autant d'appels à ceux qui sont en recherche de Dieu. La conjonction de ces thèmes était naturelle de la part d'un Monarque Commandeur des Croyants qui, en décidant la Marche Verte, entendait dépasser pour justifier la récupération du Sahara occidental, des motivations économiques.

Sans doute, ce territoire d'une superficie équivalente à la moitié de celle de la France, comporte-t-il d'importants gisements phosphatiers et une façade océanique riche en ressources de pêche.

Mais comme l'écrit le Souverain, dans un ouvrage intitulé Le Défi (Albin Michel, 1976, p. 197): «Nous disons Patrie, on nous répond phosphates. Nous ne parlons vraiment pas le même langage ».

De fait, dès le lendemain du retour à l'indépendance, le Roi Mohammed V s'était exclamé le 25 février 1958: « Nous proclamons solennellement que nous poursuivrons notre action pour le retour de Notre Sahara dans le cadre du respect de nos droits historiques et conformément à la volonté de ses habitants ».
Depuis lors, ni les négociations avec l'Espagne, ni les Résolutions des Nations unies n'avaient abouti à modifier le statu quo.

Il faut voir la singularité de la situation dans laquelle s'est trouvé le Maroc à la fin du Protectorat. A la différence de la plupart des autres pays décolonisés, plusieurs étapes lui ont été imposées.

Pour lui, l'indépendance reste incomplète du fait de la dualité des puissances colonisatrices qui se sont partagées l'autorité sur son territoire. Ayant retrouvé ce double espace, il dut encore négocier avec l'Espagne pour récupérer au Sud, successivement Tarfaya en 1958 et Ifni en 1969, tandis que le Sahara restait sous administration espagnole, ce qui constituait une solution en rupture avec celle mise en oeuvre dans les zones sahariennes voisines.

Un immense cortège fervent et pacifique
Comme l'écrit le Doyen Georges Vedel " : « Le sort du Sahara et des populations qui l'habitent a été réglé comme partout ailleurs de la manière la plus simple et la plus directe, dans la foulée de la décolonisation. Il a été admis, sans discussion, que les terres sahariennes étaient de plein droit remises du colonisateur au colonisé, sans autre titre ni vérification que le fait de la dépossession, elle-même appréciée dans le cadre des frontières tracées par le colonisateur.

Et voilà que le Sahara marocain échappe à cette solution de bon sens et de justice». Le fait est d'autant plus surprenant que le rattachement du Sahara occidental au Maroc s'enracine dans l'Histoire, comme la Cour Internationale de justice devait le reconnaître en 1975.
Il avait fallu attendre dix-sept années avant que l'Assemblée générale des Nations unies pût demander à la Cour de La Haye un avis consultatif afin de déterminer si, au moment de la colonisation espagnole (en 1884), le Sahara occidental était une terra nullius ou, dans la négative, si des liens juridiques d'allégeance existaient entre lui et le Maroc (ou l'espace mauritanien).

De tels liens ayant été reconnus par la Cour, le 16 octobre 1975, entre les tribus et le Sultan du Maroc, la Marche Verte se déclencha le même jour.

Non seulement elle prenait valeur de signe, celui d'un parcours fervent entamé pour retrouver des horizons perdus mais, dans l'immédiat, ce cortège d'hommes et de femmes s'avançant les mains nues, avait pour objet premier de débloquer une négociation. Résultat qui sera obtenu par les accords de Madrid, conclus le 14 novembre 1975 par lesquels l'Espagne annonçait son retrait du territoire et en confiait l'administration au Maroc et à la Mauritanie qui devait, par la suite, abandonner ses revendications.

On observera peut-être que, pour autant, l'affaire du Sahara n'était pas réglée et qu'elle est toujours pendante devant les Nations unies.

Mais il ne faut pas s'y tromper, ce n'est plus la même affaire. La Marche Verte se situait dans le processus de décolonisation entre le Maroc et l'Espagne. Les difficultés qui ont suivi, résultent des rapports entre le Maroc et l'Algérie qui soutient le Polisario.

Dès lors, les Nations unies seront saisies à nouveau et pendant plus de vingt ans, elles essayeront de mettre sur pied un référendum dont le principe avait été accepté par le Maroc dès 1981, et qui n'a pu, jusqu'ici, avoir lieu, en raison du désaccord persistant des parties sur la détermination des votants.

Face à l'Espagne, la Marche Verte avait été un plein succès.
Reconquête insolite: dans un monde où la violence s'efforce, en portant les premiers coups, d'acquérir les avantages décisifs, voici que s'avançait une foule qui chantait et priait.
Sans doute l'opération n'a-t-elle été possible que grâce à une préparation méticuleuse, fondée sur une logistique rigoureuse et par des contacts diplomatiques garantissant son caractère pacifique.

Prophétique par son essence, puisqu'elle témoignait de la pérennité d'une Nation et d'une dynastie, elle revêtait aussi une signification stratégique.

En décidant cette marche, le Souverain prenait des risques, à la mesure d'un grand caractère. Mais il a expliqué qu'Il ne pouvait douter de Son peuple, sachant qu'il le suivrait dans une marche qui prolongerait une histoire millénaire.

Les retrouvailles de la terre des pères
Engagés dans une manifestation sublimée par l'ampleur de l'enjeu, le Monarque et son peuple entendaient faire au monde la démonstration de leur droit, fondé sur une allégeance séculaire qui, selon la formule du Roi «est restée intacte».
«Vous embrasserez ce sol» avait dit le Monarque.

Car allaient se célébrer les retrouvailles de la terre des pères, de la terre des frères dans un acte qui prenait une exemplarité universelle.

Une image avait été offerte à la postérité, celle d'un Monarque et de son peuple, cheminant au désert, suivant pour se guider l'ombre du pas de Dieu.
René-Jean Dupuy

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