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Introduction à la civilisation des Arabes. (1884)

Par gustave Le bon (1884)

Réf : 440

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Une édition électronique réalisée à partir du livre de Gustave Le Bon, (1841-1931) (sociologue), La civilisation des Arabes (1884). Réimpression de l'édition de 1884 publiée à Paris par Firmin-Didot.

 

INTRODUCTION
I
Les lecteurs de nos précédents ouvrages connaissent la genèse de ce nouveau livre, Ils savent qu'après avoir étudié l'homme et les sociétés, nous devions aborder l'histoire des civilisations.

Notre dernier travail (
note 1
) avait été consacré à décrire les formes successives de l'évolution physique et intellectuelle de l'homme, les éléments divers dont les sociétés se composent. Remontant aux plus lointaines périodes de notre passé, nous avons fait voir comment se formèrent les premières agglomérations humaines, comment naquirent la famille et les sociétés, l'industrie et les arts, les institutions et les croyances ; comment ces éléments se transformèrent à travers les âges, et quels furent les facteurs de ces transformations,

Après avoir étudié l'homme isolé et l'évolution des sociétés, il nous reste, pour compléter notre plan, à appliquer à l'étude des grandes civilisations les méthodes que nous avons exposées.

L'entreprise est vaste, ses difficultés sont grandes. Ignorant jusqu'où nous Pourrons la conduire, nous avons voulu que chacun des volumes qui composeront cet ouvrage fît complet et indépendant. S'il nous est donné de terminer les huit à dix volumes que notre plan comprend, rien ne sera plus simple que de classer ensuite dans un ordre méthodique l'histoire des diverses civilisations à l'étude desquelles chacun d'eux aura été consacré.

Nous avons commencé par les Arabes parce que leur civilisation est une de celles que nos voyages nous ont le mieux fait connaître, une de celles dont le cycle est le plus complet et où se manifeste le plus clairement l'influence des facteurs dont nous avons essayé de déterminer l'action, une de celles enfin dont l'histoire est la plus intéressante et cependant la moins connue.

La civilisation des Arabes règne depuis douze siècles sur l'immense région qui s'étend des rivages de l'Atlantique à la mer des Indes, des plages de la Méditerranée aux sables de l'Afrique intérieure. Les populations qui l'habitent possèdent la même religion, la même langue, les mêmes institutions, les mêmes arts, et firent jadis partie du même empire.

Embrasser dans une vue d'ensemble les principales manifestations de cette civilisation chez les peuples où elle a régné, reproduire toutes les merveilles qu'elle a laissées en Espagne, en Afrique, en Égypte, en Syrie, en Perse et dans l'Inde, n'avait pas encore été tenté. Les arts eux-mêmes, les plus connus pourtant des éléments de la civilisation arabe, n'avaient pas encore été soumis à cette étude d'ensemble. Les rares auteurs qui ont abordé leur description constataient toujours qu'elle manquait complètement, mais le défaut de documents les avait empêchés de la tenter. Il était évident sans doute que la similitude des croyances avait dû déterminer une parenté très grande dans les manifestations des arts des divers pays soumis à la loi de l'islam; mais il était évident aussi que les variétés de races et de milieux avaient dû engendrer des différences profondes, Quelles étaient ces analogies, et quelles étaient ces différences ? Le lecteur qui voudra parcourir les chapitres de cet ouvrage consacrés à l'étude de l'architecture et des arts verra combien la science actuelle était muette sur ces questions.

À mesure qu'on pénètre dans l'étude de cette civilisation, on voit les faits nouveaux surgir et les horizons s'étendre. On constate bientôt que le Moyen Âge ne connut l'antiquité classique que par Arabes ; que pendant cinq cents ans, les universités de l'Occident vécurent exclusivement de leurs livres, et qu'au triple point de vue matériel, intellectuel et moral, ce sont eux qui ont civilisé l'Europe. Quand on étudie leurs travaux scientifiques et leurs découvertes, on voit qu'aucun peuple n'en produisit d'aussi grands dans un temps aussi court. Lorsqu'on examine leurs arts, on reconnaît qu'ils possédèrent une originalité qui n'a pas été dépassée

L'action des Arabes, déjà si grande en Occident, fut plus considérable encore en Orient. Aucune race n'y a jamais exercé une influence semblable. Les peuples qui ont jadis régné sur le monde : Assyriens, Perses, Égyptiens, Grecs et Romains ont disparu sous la poussière des siècles, et n'ont laissé que d'informes débris ; leurs religions, leurs langues et leurs arts ne sont plus que des souvenirs. Les Arabes ont disparu à leur tour; mais les éléments les plus essentiels de leur civilisation, la religion, la langue et les arts, sont vivants encore, et du Maroc jusqu'à l’Inde, plus de cent millions d'hommes obéissent aux institutions du prophète.

Des conquérants divers ont renversé les Arabes, aucun n'a songé à remplacer la civilisation qu'ils avaient créée. Tous ont adopté leur religion, leurs arts, et la plupart leur langue. Implantée quelque part, la loi du prophète y semble fixée pour toujours. Elle a fait reculer dans l’Inde des religions pourtant bien vieilles. Elle a rendu entièrement arabe cette antique Égypte des Pharaons, sur laquelle les Perses, les Grecs, les Romains avaient eu si peu d'influence. Les peuples de l'Inde, de la Perse, de l'Égypte, de l'Afrique ont eu d'autres maîtres que les disciples de Mahomet : depuis qu'ils ont reçu la loi de ces derniers, ils n'en ont pas reconnu d'autre.

C'est une merveilleuse histoire que celle de cet halluciné illustre dont la voix soumit ce peuple indocile, qu'aucun conquérant n'avait pu dompter, au nom duquel furent renversés les plus puissants empires, et qui, du fond de son tombeau, tient encore des millions d'hommes sous sa loi.

La science moderne qualifie ces grands fondateurs de religions et d'empires d'aliénés ; et, au point de vue de la vérité pure, elle a raison. Il faut les vénérer Pourtant. L'âme d'une époque, le génie d'une race sont incarnes en eux. Des générations d'ancêtres perdues dans le sommeil des siècles parlent par leurs voix. Ces créateurs d'idéals n'enfantent sans doute que des fantômes, mais ces fantômes redoutés nous ont fait ce que nous sommes, et sans eux aucune civilisation n'aurait pu naître. L'histoire n'est que le récit des événements accomplis par l'homme pour créer un idéal quelconque, l'adorer ou le détruire.

La civilisation des Arabes fut créée par un peuple à demi barbare. Sorti des déserts de l'Arabie, il renversa la puissance séculaire des Perses, des Grecs et des Romains, fonda un immense empire qui s'étendit de l'Inde jusqu'à l'Espagne, et produisit ces œuvres merveilleuses dont les débris frappent d'admiration et d'étonnement.

Quels facteurs présidèrent à la naissance et au développement de cette civilisation et de cet empire ? Quelles furent les causes de sa grandeur et de sa décadence ? Les raisons données par les historiens sont en vérité trop faibles pour soutenir l'examen. Une méthode d'analyse ne pouvait être mieux jugée qu'en l'appliquant à un tel peuple.

C'est de l'Orient que l'Occident est né, et c'est encore à l'Orient qu'il faut aller demander la clef des événements passés. Sur cette terre merveilleuse, les arts, les langues et la plupart des grandes religions se sont manifestés, Les hommes n'y sont pas ce qu'ils sont ailleurs. Idées, pensées et sentiments sont autres.

Les transformations y sont maintenant si lentes qu'on peut en le parcourant remonter toute la chaîne des âges. Artistes, savants et poètes y reviendront toujours. Que de fois, assis à l'ombre d'un palmier ou du pylône de quelque temple, me suis-je plongé dans de longues rêveries pleines de claires visions des âges disparus. On s'assoupit légèrement ; et, sur un fond lumineux, s'élèvent bientôt des villes étranges dont les tours crénelées, les palais féeriques, les temples, les minarets scintillent sous un soleil d'or, et que parcourent des caravanes de nomades, des foules d'Asiatiques vêtus de couleurs éclatantes, des troupes d'esclaves à la peau bronzée, des femmes voilées.

Elles sont mortes aujourd'hui, pour la plupart ces grandes cités du passé : Ninive, Damas, Jérusalem, Athènes, Grenade, Memphis et la Thèbes aux cent portes. Les palais de l'Asie, les temples de l'Égypte sont maintenant en ruines. Les dieux de la Babylonie, de la Syrie, de la Chaldée, des rives du Nil ne sont plus que des souvenirs. Mais que de choses dans ces ruines, quel monde d'idées dans ces souvenirs. Que de secrets à demander à toutes ces races diverses qui se succèdent des colonnes d'Hercule aux plateaux fertiles de la vieille Asie, des plages verdoyantes de la mer Égée aux sables brillants de l'Éthiopie.

On rapporte bien des enseignements, de ces contrées lointaines ; on y perd aussi bien des croyances. Leur étude nous montre combien est profond l'abîme qui sépare les hommes, et à quel point sont chimériques nos idées de civilisation et de fraternité universelle, combien les vérités et les principes qui semblent les plus absolus peuvent changer, en réalité, d'un pays à l'autre.

Il y a donc bien des questions à résoudre dans l'histoire des Arabes, et plus d'une leçon à retenir. Ce peuple est un de ceux qui personnifient le mieux ces races de l'Orient, si différentes de celles de l'Occident. L'Europe les connaît bien peu encore ; elle doit apprendre à les connaître, car l'heure approche où ses destinées dépendront beaucoup des leurs.

Le contraste entre l'Orient et l'Occident est aujourd'hui trop grand, pour qu'on puisse jamais espérer de faire accepter à l'un les idées et les faons de penser de l'autre. Nos vieilles sociétés subissent des transformations profondes ; les rapides progrès des sciences et de l'industrie ont bouleversé toutes nos conditions physiques et morales d'existence. Antagonisme violent dans le corps social ; malaise général qui nous conduit sans cesse à changer nos institutions pour remédier aux maux que ces changements mêmes engendrent ; défaut de concordance entre les sentiments anciens et les croyances nouvelles ; destruction des idées sur lesquelles avaient vécu les anciens âgés. Tel aujourd'hui est l'Occident. Famille, propriété, religion, morale, croyances, tout change ou va changer.

Les principes dont nous avions vécu jusqu'ici, les recherches modernes les remettent en question. Ce qui sortira de la science nouvelle nul ne pourrait le dire. Les foules s'enthousiasment maintenant pour quelques théories très simples constituées surtout par un ensemble de négations radicales ; mais les conséquences de ces négations, elles ne les entrevoient pas encore, Des divinités nouvelles ont remplacé les anciens dieux. La science actuelle essaie de les défendre: qui pourrait dire qu'elle les défendra demain ?

L'Orient offre un spectacle tout autre. Au lieu de nos divisions et de notre vie fiévreuse, il présente le tableau de la tranquillité et du repos. Ces peuples, qui forment par leur nombre la plus importante portion du genre humain, sont arrivés depuis longtemps à cette résignation tranquille qui est au moins l'image du bonheur, Ces sociétés antiques ont une solidité qu'ont perdue les nôtres. Les croyances que nous n'avons plus, elles les ont encore.

La famille, qui tend à se dissocier si profondément chez nous, y conserve sa stabilité séculaire. Les principes qui ont perdu toute influence sur nous ont conservé toute leur puissance sur eux. Religion, famille, institutions, autorité de la tradition et de la coutume, ces bases fondamentales des sociétés anciennes si profondément sapées en Occident, ont gardé tout leur prestige en Orient. Le problème redoutable d'avoir à les remplacer, les peuples de l'Orient n'ont pas à y songer,


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la civilisation des arabes (1884) par Gustave Le Bon (1841-1931)

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La civilisation islamique: fiche bibliographique et sélection de sites très intéressants sur la civilisation islamique.

Le site de
l’institut du monde arabe est superbement bien fait.

Vous y trouverez 
les contes des milles et unes nuitsentre autres dans l'e
xposition permanente de la BNF sur les livre arabe .




 

Paris: Le Sycomore, 1990,
511 pages. Ouvrage illustré de 10 photolithographies, 4 cartes et 366 gravures dont 70 grandes planches, d'après les photographies de l'auteur ou d'après les documents les plus authentiques. 

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Biographie et citations » par Denis Touret
Citations de Gustave Le Bon
photo ci-contre : Ancien astrolabe arabe 
(Musée espagnol d'antiquités).

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