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Tourisme

Les pilleurs du désert / Errachidia

itri99 / Lejournal-Hebdo.com

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Gravures anciennes et objets précieux datant de plusieurs siècles quittent chaque jour le pays. Dans l'indifférence la plus totale.  Erfoud, à près de 70 kilomètres au sud d'Errachidia. En ce mois de décembre, il fait un peu froid pour la saison, mais cela n'empêche pas la région d'accueillir des touristes en mal de désert.

Sur la route principale qui traverse la petite ville comme aux abords du grand marché ou encore dans les ruelles adjacentes, la quasi-totalité des commerçants ont un point commun : les fossiles. La région en regorge et il est normal de voir un plâtrier, un menuisier, un marbrier, un tôlier ou un coiffeur proposer des fossiles. Vraix ou faux, ils sont là, occupant tout l'espace s'il s'agit d'un spécialiste ou un petit coin dans l'échoppe lorsqu'il est question d'un commerce parallèle.

Seulement voilà, si la vente des fossiles aide les commerçants de la région à joindre les deux bouts, celle des gravures rupestres (dont la vente est « illégale ») rapporte gros et tous les commerçants n'hésitent pas à en proposer aux touristes avides d'objets précieux.

Fausses gravures et vraies arnaques
Sur la porte d'un marbrier situé dans une petite rue, une plaque sur laquelle est écrit à la main : « Marbre et fossiles ». A l'intérieur, quelques jeunes poncent des plaques de marbre pour les rendre luisantes. Dans un petit coin, quelques fossiles dont le prix varie entre 10 et 50 dh. Aucune gravure sur pierre en vue mais nous demandons quand même. Le propriétaire de l'atelier prétend ne pas savoir de quoi nous parlons mais lorsque le guide qui nous accompagne lui explique que nous sommes des Marocains vivant à l'étranger et que nous désirons acheter quelques gravures, il nous demande de revenir le voir plus tard. Une demi-heure passe et nous retournons voir le marbrier.

Il déplace quelques plaques de marbre dont la plus légère pèse au moins 5 kilos et nous sort deux gravures qui représentent une antilope et un homme courbé. Prix de l'unité : 4 000 dh. « Parce que vous êtes Marocains », nous lance-t-il en nous adressont un clin d'œil. Nous demandons à réfléchir et nous partons voir d'autres vendeurs. Près du marché, nous entrons chez un vendeur de fossiles et le même scénario se reproduit. Cette fois, le vendeur nous demande de le suivre et nous fait pénétrer dans une sorte de débarras. De sous une table couverte jusqu'au sol, il sort trois gravures presque parfaites. Les prix varient entre 4 000 et 4 500 dh l'une mais à 10 000 nous pourrons emporter les trois. 15 000 dh pour les touristes, nous dira t-il.

Le guide n'a pas l'air convaincu et il nous fait signe de ne pas nous éterniser. Dehors, il nous explique sa réaction : « Normalement toutes les gravures qui existaient ou qui existent encore sur le lit du Ziz datent d'au moins 13 siècles A.J.C. Sur les trois qu'on vient de voir, au moins une est fausse. Il y a 30 siècles, la région n'était pas désertique et il y avait beaucoup de végétations. Je ne vois pas ce qu'un chameau vient faire sur une gravure »… Chez un autre vendeur, trois autres gravures sont disponibles, mais il nous propose aussi des morceaux de météorites.

En général, ils sont vendus au poids et selon leur qualité. Leur prix peut varier entre 900 et 10 000 dh le kilogramme. Un spécialiste nous expliquera plus tard que l'Aguld, un type de météorite à cristaux, coûte 450 dh le gramme. Chez le vendeur, la discussion tourne autour des météorites et de la manière de distinguer les vrais morceaux des faux. La démarche est un peu compliquée et il est question de vérifier sur la surface de la pierre extraterrestre la présence d'une croûte de fusion et si au fil des ans cette croûte a disparu, vérifier la présence de grains de métal disséminés au milieu de la roche… Mais en général, un morceau d'aimant suffit pour se faire une idée. « Si l'aimant est attiré par le morceau de la météorite, il y a de fortes chances pour que ce soit de l'authentique ».

Pilleurs de tombes
Cela dit, l'objet de rêve de tous les commerçants d'Erfoud et des environs reste, bien entendu, la météorite de Boudnib. Tombée à la fin des années 90, elle fait partie d'un type très rare classifié chondrite L3 et sur plus de 4.500 nouvelles météorites trouvées en deux ans, seules 2 L3 ont été répertoriées. « Boudnib est à plus de 100 Km, explique le vendeur. Le jour où elle est tombée, on l'a entendue d'ici. Mais impossible de l'approcher ou d'aller la voir car la NASA savait exactement où et quand elle allait atterrir, alors elle l'a achetée aux Marocains plusieurs mois avant la chute ».

Le reste de l'assistance hoche la tête en signe d'approbation et le vendeur, voulant probablement passer à un sujet moins douloureux, sort un petit récipient dont il verse le contenu sur une petite table en marbre. « C'est un collier fait à partir de coques d'œufs d'autruches. Il date d'au moins 30 siècles ». Devant notre regard interrogateur, le guide nous explique que dans la région, plusieurs tombes libyco-berbères ont été visitées ces dernières années et que, parfois, elles renfermaient des trésors inestimables. Nous nous empressons de quitter le vendeur et demandons à notre guide de nous montrer ces tombes.

Celles que nous visitons sont situées à quelques dizaines de mètres de Zouala, un village à mi-chemin entre Erfoud et Errachidia. A l'ouest du village, des tumulus dont la plupart ont été creusés. Rien qu'autour du village, on en compte une soixantaine et tous ont été pillés. Seules les tombes les moins élevées ont été préservées et le guide nous en donne l'explication : « Les Berbères ne creusaient pas la terre pour y enterrer leurs morts. Ils construisaient des chambres, y mettaient les dépouilles et ensevelissaient le tout sous de grosses pierres ».

À l'époque, plus le défunt était riche et avait de l'importance, plus la tombe était haute, et la coutume voulait que quand quelqu'un mourrait, on l'enterrait avec tout ce qu'il possédait. Les tombes des plus riches pouvaient atteindre jusqu'à 3 mètres de hauteur alors que celles qui, aux alentours de Zouala sont restées intactes ne dépassaient pas les 50 centimètres.

« Dedans, explique le guide, on peut trouver des objets tels que des cruches, des statuettes ou même de l'or. Les gens n'arrêtent pas de creuser et les étrangers qui passent par ici leur laissent leurs numéros de téléphone au cas où des trésors seraient découverts ». L'histoire la plus récente d'un pillage fructueux, et qui est sur toutes les langues, est attribuée à ce groupe d'Allemands qui, en 2003, sont tombés sur un trésor inestimable près de la frontière algérienne.

Ils auraient creusé deux tombes et en auraient sorti plusieurs poteries intactes ainsi que 7 kilos de bijoux. Le tout, comme les statuettes, les gravures et autres objets faisant partie du patrimoine ont quitté le pays sans que personne ne s'en soucie. Mais comme cela fait vivre toute une région où les conditions ne sont pas des plus clémentes, on préfère peut-être fermer les yeux.


« Ici, souligne le guide en prenant tout à coup un air rêveur, on peut tirer des charrettes de cailloux pour gagner sa vie et, du jour au lendemain, se retrouver à la tête d'une grosse société de 40 ou 50 véhicules 4X4 qu'on loue aux touristes. Ca s'est déjà vu et ce n'est pas grâce à la vente des dattes que les types y sont arrivés ».

Y. Z
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