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La Dynastie en quête de Chérifisme

Driss Ksikes. TelQuel online

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Nos sultans, à l’extrême occident de l’islam, ont toujours eu une obsession : être des califes à la place du calife (de Bagdad). Chaque dynastie a cherché à prouver qu’elle méritait, par filiation, le titre de Amir Al Mouminine, renforçant au passage la religiosité béate des Marocains.

Quand certaines ont su démontrer que le prophète était leur ancêtre direct, c’était du pain bénit.

Idrissides. Lorsque Idriss Ier arrive au milieu du 8ème siècle, fuyant les Abbassides, il se réfugie chez les Aoureba et y est proclamé imam. Personne ne conteste aux Idrissides leur descendance de Ahl Bayt, sauf les andalous qui les traitaient de "berbères". La preuve tangible du chérifisme des Idrissides ? Un testament de successeurs aux Omeyyades attestant qu’Idris Ier était d’origine qoraïchite (tribu du prophète).

Almoravides. Ayant plus une origine tribale (Lemtouna, Senhaja …), cette dynastie a surtout joué la carte du sunnisme orthodoxe contre ce qu’elle considérait comme des hérésies (l’islam berbère des Berghouata en tête). Ne cherchant pas spécialement à concurrencer Amir Al Mouminin de Bagdad, ses sultans s’en distinguent par le titre de "Amir Al Mouslimin". La preuve, la monnaie almoravide met en effigie, le calife de Bagdad sur une face et celui de Marrakech sur l’autre.

Almohades. Encore plus rigoriste que ses prédécesseurs, la dynastie baptisée par Ibn Toumert (un Amghar, d’origine berbère ?) met en avant le mahdisme (avènement du prophète pressenti) et prône l’unification du pays au nom d’un islam des origines. Spécialement expansionnistes, les sultans almohades sont les premiers Oumaraâ Al Mouminine au Maroc.

Mérinides. À leur avènement, les Mérinides (d’origine Zénatie) ont deux obsessions : Se démarquer du Mahdisme de leurs prédécesseurs et tenir tête à la dynastie chérifienne de Bani Abdelouahed, qui régnait en Algérie. Le sultan Mérinide Abou Ayoub est tellement obsédé par la légitimité califale qu’il conquiert Tlemçen et reçoit enfin la bey’a du Hijaz. Quant à ses successeurs, ils s’attelleront à réhabiliter les chorfa Idrissides, longtemps pourchassés. Mieux, ils feront de la dynastie Idrisside, chiite à l’origine, la base du "chérifisme sunnite marocain". Depuis, ce gros mensonge historique a eu la peau dure.

Saadiens. Installés dans la vallée du Draa depuis le 12ème siècle, les Saâdiens revendiquent un statut de chorfas. Les historiens de la cour, à l’époque, prouvent que leur aïeul avéré est un certain Al Qasim, arrière petit fils de Hassan (Ibn Ali). D’autres les présentent comme des Idrissides, réfugiés au Sud. D’autres encore, sceptiques, pensent qu’ils ont fabriqué leur chérifisme pour détenir une légitimité face aux ottomans.

Alaouites. Réputés être des chorfas descendants de Ali, les Alaouites se sont installés dans le Tafilalet depuis le 14° siècle. Le fondateur de la dynastie, Moulay Ali, a gagné ses galons de chérif, en effectuant un pèlerinage et en allant au jihad en Andalousie. Les sultans les plus puissants de la dynastie : Moulay Ismaïl et Mohamed Ibn Abdellah ont effectué un recensement des chorfas pour identifier leurs vrais relais dans la société et leur offrir des privilèges.


Comment on devient chérif?
L'identification des chorfa est, au plus haut de la pyramide, une affaire du Palais. Veillant au grain, l’historiographe officiel, Abdelouaheb Belmansour, tient les archives des familles authentifiées ou faites chorfa. C’est également lui qui prépare, pour approbation royale, les dahirs dits de "Tawqir Wa Ihtiram" (vénération et respect) remis à des personnalités dites chorfas pour qu’elles puissent bénéficier d’un traitement exceptionnel de la part des autorités locales.

Le Palais a longtemps fait croire que cette pratique, faisant de certains Marocains des super-citoyens, est devenue obsolète. Vérification faite, Hassan II en a usé jusqu’aux dernières années de sa vie. Venons en maintenant aux chorfas de rang moindre. Quiconque désire attester qu’il est réellement charif (ou désire le devenir par un quelconque subterfuge) est en contact avec le naqib de sa branche, appelé également mezouar. Ce syndic, chargé de veiller sur la pureté du nasab (appréciez le racisme) auquel il appartient, est censé attester de la généalogie du demandeur.

Moyennant quoi ? "Tout dépend de la vertu du naqib", nous répond ce fin connaisseur. "Il nous arrive parfois de le faire sans trop insister sur les détails, quand un haut responsable nous l’ordonne", reconnaît cet ancien naqib. S’il s’agit de produire un arbre généalogique (eh oui, il y en a encore qui y tiennent), il le fait faire par deux adouls. Comme il peut recourir au service royal, lorsque la personne exige le sceau chérifien sur son document. "Il y en a même qui font la fête une fois le papier reçu", raconte un des leurs. Le naqib est par ailleurs soumis à la tutelle du ministère de l’Intérieur.

A chaque fois qu’une personne (voulant attester son affiliation charif) sollicite l’état civil, le naqib tient lieu de moqaddem (non pas du quartier mais de l’appartenance familiale). En plus de l’arbre généalogique, dûment signé, le charif a droit à une carte "blanche". Longtemps utilisée comme un passe-droit, cette dernière porte, tout de même, une mention qui restreint les abus : "cette carte est délivrée pour fixer le nasab. Son titulaire est tenu de respecter les lois en vigueur", lit-on au verso du document.

Certes, les attributs de Sidi, Moulay et Lalla ne sont plus d’usage dans les documents d’identité officiels. Mais le passage par le naqib est obligatoire pour permettre à des personnes, souvent nécessiteuses, de percevoir des revenus, à titre de chorfa. Il s’agit de la r’bia (caisse partagée entre familles chorfa). En cas de litige entre bénéficiaires, le naqib a des comptes à rendre à la nidarat du ministère des Habous
Mais le contrôle se fait-il réellement ? Cela commence à peine. Et quand les naqibs disparaissent ? Il faut attendre que la famille désigne un remplaçant, que la nidarat en valide le choix et que le ministère de l’Intérieur l’adoube ou au moins l’apprécie. Bref, ce n’est pas le chemin de croix, mais une pratique tortueuse qui se perpétue depuis le Moyen âge. m6_hoceima.jpg

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