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Orientales

Perspectives féminines croisées...

Asma Lamrabet - jeudi 21 juillet 2005

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Il n’est certainement pas aisé de revendiquer une  libération féminine à partir d’une tradition religieuse tant les religions toutes tendances confondues sont considérées comme étant à l’origine de la culture universelle d’asservissement des femmes.

Il est encore plus difficile de le faire au nom de l’islam, religion qui détient aujourd’hui la palme d’or quant à l’oppression de la femme. Et ce, même si à travers l’histoire de l’humanité et transcendant toutes les particularismes, les femmes demeurent asservies à l’ordre sexiste. Malgré donc une misogynie universelle qui perdure, l’islam reste le symbole du sexisme par excellence, qu’il est d’ailleurs de bon ton  de dénigrer, car émanant d’un « ailleurs » à références non occidentales. Et comme il est toujours plus facile de dénoncer l’oppression chez les autres, le sexisme occidental, à la différence de celui de l’islam,  est immunisé contre toute critique et absout de toute remise en question car émanant d’un monde civilisé et nanti. 

Partant de cette assertion, il est plus facile pour des femmes de tradition judéo- chrétienne d’inscrire leurs luttes dans un « mouvement féministe universel » que pour celles qui se revendiquent musulmanes pratiquantes et refusant donc de renier leur enracinement à une histoire qui est la leur. On admettra cependant une certaine dose de libération pour celles, de culture musulmanes certes, mais qui se prêtent à un discours  essentiellement anti-islamique, autrement dit, celles qui se libèrent de cette islamité entre autres, source d’obscurantisme et de soumission.

Le seul modèle de libération possible et imaginable actuellement, est celui qui adhère à des normes essentiellement occidentalisées et que l’on supposerait par je ne sais quelle logique, de l’ordre de l’universel !!! Les idées, les luttes, les témoignages des femmes en terre d’islam ne s’évaluent plus à l’aune des valeurs et des principes qui devraient être universels dans le sens profond du terme, c’est-à-dire en termes d’équité et de justice, mais plutôt en fonction de la capacité de distanciation voire dans certains cas de nuisance à l’égard de l’islam ! C’est ce type de vision ethnocentrique qui a sournoisement mené à la défaite de l’universel  dans sa vision humaniste. On continue à instrumentaliser à outrance l’image  d’une femme musulmane victime pour justifier les théories les plus dramatiques comme celles du choc des civilisations, du monde civilisé et barbare, du bien et du mal. On pousse d’ailleurs la rhétorique jusqu’à faire de la libération de ces pauvres femmes une affaire d’Etat, comme l’illustre l’exemple des femmes afghanes ou encore le projet du grand Moyen- Orient, qui propose avec les réformes politiques radicales, une révision sérieuse du statut de la femme musulmane.

Il ne s’agit pas ici de nier l’existence de graves problèmes liés au statut de la femme musulmane, en dénonçant ces  ingérences culturelles très maladroites dans la forme, mais qui reste sur  le fond certainement fondés. Il s’agit plutôt d’apprécier la gravité et  l’impact de ces actes sur des populations musulmanes déjà fragilisées par des politiques intérieurs dévastatrices, et qui vivent ces ingérences comme une agression humiliante. D’où les innombrables réactions de rejet vis-à-vis de toute réforme venant de l’occident, encore plus quand il s’agit des réformes concernant la femme musulmane considérée comme le dernier bastion d’une identité refuge.

Toutes ces tentatives de libération promulguées par certains courants occidentalisés sont vécues, à l’intérieur du monde musulman, comme des tentatives de déstabilisation et d’acculturation. Elles  sont perçues comme une politique expansionniste dont l’objectif essentiel est de convertir les sociétés musulmanes en sociétés « permissives » et « amorales » à l’image de ce qu’est aujourd’hui l’Occident aux yeux de la grande majorité des musulmans. On constate donc qu’une logique de la réaction identitaire règne dans la majorité des pays islamiques, empêchant toute tentative réelle de dialogue et de réformes, qui soit dit en passant, nous permet en tant que « bons musulmans » de fermer les yeux sur les multiples transgressions faites au nom de la « préservation de l’identité musulmane ».

Même s’il est certain qu’aujourd’hui, les sociétés musulmanes sont d’une grande diversité sur le plan socioculturels, économiques ou politiques, et que la situation des femmes musulmanes varie en fonction de la situation géographique et des conditions de vie, il n’en demeure pas moins vrai, que dans la majorité des pays islamiques, la femme musulmane endure de nombreuses formes d’injustices et d’inégalités, et jouit d’un statut juridique des plus déplorable.

Certes, le constat de la situation de la femme en terre d’islam est particulièrement accablant, mais il est important de différencier entre le fait culturel et l’essence d’une religion, entre un message spirituel et ses diverses interprétations. Une règle commune consiste à incriminer invariablement le Coran ou la tradition canonique comme source inéluctable de discriminations envers la femme. 

Ce n’est pas tant le Coran en lui-même qui pose problème, mais ce qu’ on en a fait à travers des siècles et des siècles de lecture et d’interprétations sexistes envers la femme. Une interprétation rigoriste et complètement fermée du religieux a légitimé durant  toute l’histoire musulmane volontairement ou non, une véritable « culture de discrimination » à l’encontre des femmes.

Il est en effet facile de puiser des arguments coraniques qui infériorisent la femme - comme d’ailleurs dans tout texte religieux que cela soit la Bible ou la Torah - quand on pratique une lecture littérale, statique qui ne prend jamais  en compte ni la dynamique historique des époques de la révélation, ni celle de la conjoncture actuelle.

Asma Lamrabet  
Du même auteur :
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