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Histoire

La société marocaine à la veille du protectorat

Extrait de l'encyclopédie du Maroc, M. Sijelmassi

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A la veille du protectorat, le chiffre global de la population marocaine est estimé a cinq millons d’habitans dont l’immense majorité habitait dans la campagne et vivait de l’agriculture. Cependant, la pauvreté du sol et le caractère archaïque des techniques ne permettaient que peu d’excédents pendant les années fastes.

Le retour cyclique des périodes de secheresse exposait régulièrement le pays aux famines et aux épidémies. Et si la majorité des terres agricoles était des propriétés collectives, on assistait à la fin du XIXe siècle au début d’une “melkisation” et d’une concentration de la propriété.

Les céréales constituaient la principale culture même si dans les plaines côtières, pérméables aux influences européennes, se développent d’autres cultures: cultures maraîchères, primeurs, vignes, légumineuses. Mais faute de moyens de communication efficaces, “la commercialisation des produits agricoles demeure faible, ce qui explique la disparité des prix agricoles d’une région à l’autre. Seuls les paysans des des banlieues urbaines, et particulièrement les ports, s’adonnent à des cultures commerciales. Ailleurs, on se contente d’entasser dans las matamores les produits des bonnes années pour faire face aux périodes de pénurie.” (Histoire du Maroc, p. 305).

Dans les villes où l’artisanat constitue la principale forme d’industrie on trouve deux formes d’activités: d’un côté, l’artisanat domestique qui produit dans des petits ateliers familiaux des objets usuels en très petites quantités. D’un autre côté, l’artisanat mercantile qui fabriquait la majorité des objets de la vie quotidienne(cuirs, métaux, bois, produits de bâtiment, vêtements, produits alimentaires, etc.).

On estimait au début de ce siècle que dans la seule ville de Fès, près de 11.000 personnes travaillaient dans les trois grandes corporations des babouchiers, des tanneurs et des tisserands. Les babouchiers, par exemple, confectionnaient près de 300.000 paires de babouches dont le dixième était éxporté au Sénégal. Dans les grandes villes comme Fès et Marrakech, il y avait de véritables ateliers dirigés par des patrons commandant plusieurs ouvriers. Les artisans étaient groupés selon la spécialité dans des corporations dirigées par un Amin et contrôlées par un Mouhtassib.

Au tournant du siècle, la concurrence redoutable des produits manufacturés européens commence à se faire sentir dans le pays. Des commerçants importent de plus en plus des produits étrangers qu’ils vendent meilleur marché que ceux de l’artisanat. Le pays devient progressivement un débouché pour les produits manufacturés européens qui commencent à prendre de l’importance dans la consommation et la vie quotidienne des Marocains. Par ailleurs, pour la première fois dans son histoire, le pays s’oriente définitivement vers sa façade altantique qui va désormais, avec ses multiples villes portuaires, rythmer la vie économique.

Cependant, la structure traditionnelle de l’économie marocaine s’est maintenue jusqu’aux années 1930. Fès et Marrakech ont continué à jouer le rôle de puissance d’attraction dont la prospérité était solidement fondée sur la richesse de leur région immédiate et sur un arrière-pays plus vaste. Ce sont de très gros marchés qui concentrent et diffusent des produits régionaux, européens ou ceux des montagnes et des oasis. De cette centralité socio-économique témoigne la démographie de chacun de ces deux centres urbains qui dépassait, à la fin du XIXe siècle, les cent mille habitants. En témoignent également le réseau de foundouks (Caravansérails) et le système de courtiers et correspondants commerciaux qui a fait, en particulier, la fortune de la bourgeoisie fassie. La carte des voies de communication ainsi que Celle du système postal, mis sur pied par Hassan I en 1892, montrent la place centrale qu’occupaient Fès et Marrakech dans le réseau qui les reliait aux villes maritimes ouvertes au commerce extérieur, d’une part, et à la montagne et aux vallées du Sud, d’autre part.

Sur le plan architectural, les temps précédant le protectorat ne se distinguent visiblement pas des débuts de  l’époque alaouite. Les demeures bourgeoises dans les grandes villes continuent à donner à voir le visage séculier d’un Maroc héritier d’al-Andalus. La grande maison du notable urbain se conforme, comme toutes les maisons méditerranéennes au principe de l’introversion. Les pièces d’habitation, de réception et de labeur s’agencent autour d’un patio ou d’un jardin (riad) avec l’incontournable fontaine au milieu. Les murs soutenus par des colonnes blanches ou tapissés de zelliges, laissent apparaître une ornementation raffinée à base d’arabesques, de plâtre et de bois sculptés. Sur le plancher foisonne la mosaïque aux figures géométriques complexes. De ce style urbain somptueux témoignent les deux palais Jamai de Fès et de Meknès ou le palais de la Bahia et de Dar Sidi Saïd de Marrakech, qui furent construits sous le règne de Moulay-Hassan-I. En dehord des villes et des centres urbains importants, l’habitat des Marocains au début du XXe siècle n’avait pas changé par rapport à ce qu’il était dans les siècles précédents.

Les voyageurs étrangers qui ont circulé au Maroc dans la seconde moitié du XIXe siècle distinguèrent entre les villages (dchar-s), démographiquement plus importants que certains centres urbains, et les douars qui sont de simples campements de nomades transhuments. Quant au forme de logis, la nouala (hutte), symbole du début d’une sédentarisation se distingue nettement de la khaïma (tente) qui est liée au mode de vie nomade. Par ailleurs, dans les montagnes et dans les oasis présahariens, domine la forme d’habitation concentrée dans les villages fortifiés (ksours et kasbahs).

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