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Orientales

Le mouvement des femmes de 1956 à nos jours

M.sijelmassi

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Dans un texte-bilan destiné à faire l’éloge de l’oeuvre de la France au Maroc, la Direction de l’instruction publique se félicitait des progrès réalisés dans le domaine de l’enseignement des fillettes musulmanes en soulignant que le nombre de celles qui étaient “reçues au certificat d’études a décuplé en sept ans, passant de 15 en 1945 à 150 en 1953”.
(“Le Maroc”, numéro spécial de l’Encyclopédie mensuelle d’Outre-mer, p.95-96.)

Ceux qui chercheraient des preuves pour illustrer le rôle profondément néfaste du protectorat ne trouveraient pas mieux que ces chiffres avancés par les autorités du protectorat elles-mêmes. Ainsi, le 2 mars 1956, lorsque l’indépendance du pays est proclamée, soit quarante-trois ans, sept mois et dix-huit jours après le traité de Fès, le Maroc ne comptait qu’un petit nombre de jeunes filles bachelières, toutes issues de la bourgeoisie citadine.

En 1957, une commission formée par le roi Mohamed-V et dirigée par le leader nationaliste Allal el-Fassi s’est penchée sur le projet d’un code du statut personnel préparé par le ministère de la Justice. Son souci était moins de faire évoluer la société par le droit, comme c’était le cas en Tunisie, mais de fixer, dans le cadre de la shari’a (la loi religieuse), les moeurs et les pratiques de l’époque. Or, la société marocaine qui a été pendant près d’un demi-siècle menacée dans son identité et sa culture ne pouvait que s’accrocher à sa tradition. Si elle a été conservatrice, c’était donc plus par réflexe de survie que par opposition irréductible à la modernité. Son évolution ultérieure a, par ailleurs, confirmé sa capacité à s’adapter au changement et à en demander, notamment lorsqu’il s’agit d’instruction, de santé et de progrès social.

La fameuse “Moudawwana”, qui a été promulguée par tranches successives entre1957 et1959, a ainsi fait abstraction des idées novatrices développées auparavant par des réformistes comme Allal el-Fassi. Elle a, par ailleurs, maintenu la polygamie et la répudiation, fixé le mariage des filles à quinze ans, mais sans prévoir aucune disposition pour empêcher les mariages précoces, et a emprisonné la femme dans le statut d’un être mineur dépendant de son tuteur ou de son mari.

Cependant, si ce texte n’a pas suscité une réaction immédiate de la part des femmes, c’est que celles-ci ne disposaient pas encore de moyens d’expression publique et de structures associatives susceptibles d’organiser leur action.

Les prémisses d’un mouvement de femmes marocaines se sont manifestées dans les années40 au sein du mouvement politique national pour l’indépendance. Ainsi, dès 1944, le Parti de l’Istiqlal procède à L’organisation de ses cellules féminines.

Trois ans plus tard, le Parti démocratique pour l’indépendance (P.D.I.) crée l’association Akhaouat al-safa qui a été dirigée, à ses débuts, par MmeAbdelkader Benjelloun. L’élan de l’indépendance avait contribué à la Naissance de nouvelles Associations telles que l’association Mouassat (1956) ou le Foyer de la jeune Marocaine Dar Mu’allima (1957). Elles étaient toutes très influencées par le discours nationaliste et par l’idéologie réformiste (salafiyya) qui était en vogue dans les milieux politiques marocains en cette période. Outre leur action d’alphabétisation et leur lutte en faveur de l’instruction des filles, les premières associations féminines ont formulé certaines revendications relatives à la réforme des statuts de la famille, comme l’interdiction de la polygamie et des mariages précoces, ou encore l’organisation judiciaire du divorce.

Dans les années60, le Maroc a connu un nouveau type d’associations féminines caractérisées par leur élitisme et un certain cosmopolitisme. Il s’agit notamment de l’American Women’s Club (1962) et de Transcentury Foundation, où se trouvait une  minorité de femmes marocaines et européennes appartenant aux couches sociales les plus aisées.

Le mouvement associatif féminin est resté longtemps un phénomène marginal, malgré la création, en 1969, de la première grande association féminine officielle, l’Union nationale des femmes marocaines (U.N.F.M.), et l’apparition, au cours des années70, de nouvelles associations féminines à caractère professionnel comme l’Association marocaine des femmes de carrière libérale (1976), L’Union des femmes universitaires (1979) ou la Ligue nationale des femmes fonctionnaires du secteur public et semi-public (1980). Concentrée sur une petite élite urbaine, l’action associative féminine est restée, jusqu’au milieu des années80, très limitée et sans véritable impact sur l’environnement sociopolitique des femmes marocaines.

Il a fallu attendre les années80 pour assister à un réel essor du mouvement féminin au Maroc. On peut ainsi constater que sur les trente-quatre associations opérant actuellement de façon exclusive dans le domaine de la promotion de la femme, vingt-huit ont vu le jour à partir de 1980, soit plus de 82% du réseau associatif féminin. Comment expliquer ce nouveau souffle que certains observateurs n’hésitent pas à qualifier de véritable explosion?

Une première explication pourrait être trouvée dans l’itinéraire politique des premières femmes qui ont initié ce mouvement. Il s’agit, en effet, de militantes ayant animé longtemps les sections féminines des partis politiques de l’opposition, et qui ont pris conscience de l’importance de l’action associative dans la défense de leurs intérêts. L’inadaptatio n des structures partisanes et l’étroite marge de manoeuvre qu’elles laissent à l’action féminine ont certainement contribué à favoriser une telle mutation. Ainsi, les diverses sections féminines des partis de l’opposition se sont transformées progressivement en associations de femmes. La première à voir le jour, en juin 1985, est l’Association démocratique des femmes marocaines (A.D.F.M.), issue de la section du Parti du progrès du socialisme (P.P.S.), suivie successivement par l’Union de l’action féminine, née de la section féminine de l’Organisation de l’action démocratique populaire (O.A.D.P.), en 1987, et par l’Organisation de la femme istiqlalienne (O.F.I.), créée la même année par le Parti de l’Istiqlal. Cependant, si la nouvelle dynamique du mouvement associatif féminin a été initiée dans un cadre politique, elle a, en fait, très vite dépassé un tel cadre comme en témoigne la multitude d’associations féminines, sans affiliation politique, qui sont apparues en cette période et qui ont investi les divers champs d’action sociale, culturelle ou professionnelle.

La seconde explication de l’essor qu’a connu le mouvement des femmes est plus globale. Elle relève de l’évolution générale des facteurs culturels et socio-économiques qui déterminent profondément et de façon quasi irréversible les mutations qui marquent la condition féminine et la marche de la société marocaine en général. Un des principaux indicateurs de l’évolution de la société marocaine que nous révèle le dernier recensement de la population (cf.Recensement 1994: les caractéristiques socio-économiques et démographiques de la population, Rabat; ministère chargé de la Population, 1996) est précisément le Phénomène d’urbanisation accélérée que connaît le pays.

Ainsi, pour la première fois dans l’histoire du Maroc, la population urbaine dépasse le cap de 50% pour atteindre 51,4%. Faut-il rappeler qu’un tel taux ne dépassait pas 29,1% en 1960?  La scolarisation de la population féminine a aussi augmenté de 45% entre 1982 et 1994, et le taux d’analphabétisme parmi les femmes a régressé de 90% (1960) à 67% en 1994.

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