onglet_artsouk onglet_artsouk

 

mythique-fr.jpg

Orientales

Voyage au cœur de “mythique”.fr

www.femmesdumaroc.com

Réf : 798

Visites : 3973

Les sites de rencontres sont désormais entrés dans les réflexes des connectées solos. Qu’en est-il de ces rencontres vécues de l’intérieur ? Pour cela, il fallait partir en mission. En exclusivité pour FDM, notre journaliste revenue du front témoigne…

Ca a débuté comme ça, il y a à peu près un an, entre deux portes au boulot : “Quoi, toi solo, t’es pas inscrite sur meetic ?”. “Euuuuh non !” “Mais j’ai plein d’ami(e)s qui ont rencontré leur âme sœur sur ce site, tu devrais. Au pire, tu te fais de nouveaux amis. Moi, quand j’ai rompu avec X, cela m’a fait un bien fou ! Tous les soirs, je chattais avec des prétendants !”. Tiens, l’idée d’une rencontre dotée d’un préservatif cérébral XXL -l’écran numérique- me frappe immédiatement les neurones. Direction Meetic, site que l’on ne présente plus, à la réputation sérieuse, rempli de modérateurs qui veillent en bons snipers à la marche “correcte” des échanges partagés… J

e clique et c’est parti avec une fiche technique rédigée par ma meilleure amie tant je me sens incapable de répondre sérieusement à toutes ces définitions extrêmement précises de moi-même, de mon goût pour la cuisine japonaise en passant par mes kilos jusqu’à mon salaire. Pas de photo, un nickname impossible “josephine_375”, un métier tout à fait autre mais guère éloigné de la réalité de mes revenus, une annonce un peu rock du genre : “Je déteste le politically correct, je déteste les extrémistes de tous bords et je cherche mon alter ego pour une love parade plus l’infini”. C’est parti.

Première impression : celle d’un souk bien rangé. Tous ces visages, c’est vertigineux, je ferme le site, traumatisée à l’idée de faire un choix ! Un site de rencontre, c’est exactement le contraire du regard partagé, de l’aventure au coin de la rue, ou du feu rouge ou, ou… C’est exactement le contraire du choc amoureux ou précisément de cette sensation, véritablement unique, de recevoir inopinément un piano du huitième étage sur la tête. Franchement : comment tomber amoureuse d’une personne alors qu’un coup de clic de souris vous permet de puiser dans un éventail de 5.000 personnes en trois secondes ? Oui, un site de rencontres sur le net, c’est le formatage du petit bonheur 0% préfabriqué érigé en mode d’emploi la vie lisse et glossy. C’est dire si je rentre dans la game boy à reculons…

Peu de succès. Presque rien. Dans un coin de ma tête, je sais très bien pourquoi : sans photo et sans annonce dite “accrocheuse”, personne ne viendra se promener sur mes terres. Soit. Je trouve LA photo : big smile à 2 heures du mat’ dans une fête (le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas exactement ma tête à 6h30, chaque matin !) et l’accroche rédactionnelle un peu plus “rose dragée” avec bulles de savons multicolores qui embellissent la vie rouge passion, éclat de rire turquoise, jaune éclatant et je ne sais quoi de mièvre encore. Que va donner ce stéréotype de femme parfaite d’une pub sortie des années 50 ? Petit clic 72 heures après et surprise : 128 visites, 52 chats, 29 flashs, 5 mails hautement créatifs et invariables : “Salut, ça va, je voudrais faire ta connaissance !” sont tombés. Oulalalalalala ! Je trouve ça désespérant, effroyablement désespérant que la “recette de Grand-Mère” ait aussi bien fonctionné. Internet, ce n’est pas pour moi ! Trop basique, trop complexe, trop neuf, trop vieux, tout ça en même temps ? Peut-être ! Mais pas question de lâcher l’affaire : quelque chose se passe sur ce site de rencontres mais quoi (à part les évidents plans sexe) ? Faut que je comprenne…

Le net, les boys, tout ça, c’est la nuit que “ça se passe”. C’est d’ailleurs assez étrange : une sensation intersidérale avec ce silence, le bruit du clavier, la lumière de l’écran, la souris et l’idée de la rencontre puisqu’on est bien là pour ça. Clic sur les profils installés sur le territoire marocain car je suis bien revenue de l’idée d’une relation séparée par les mers. Les profils donc : la moitié des inscrits n’a pas mis sa photo. La moitié âgée de 40 ans et plus arbore des moustaches qui plairaient à Zakaria Boualem. Toujours la moitié de la moitié garde un flou nébuleux -la réponse très pratique “je le garde pour moi”- sur sa condition matrimoniale. La moitié de la moitié également a pour genre de films préférés : “les films érotiques”. Quelques chats plus loin, on constate que beaucoup d’entre eux sont souvent “dans la finance”, que le genre épistolaire n’est pas le mieux partagé - très vite, après même pas cinq minutes, mon numéro de téléphone est demandé - et le tutoiement imposé d’office quel que soit l’âge, en face. Le ton est donné…

Meetic, vous risquez d’aimer… un homme marié qui ne l’avoue pas ! Bon, promenade en un clic de l’autre côté des mers. Si les profils sont un peu plus diversifiés - certains aiment “les films historiques”, d’autres sont “professeurs”, beaucoup sont “divorcés” ou “séparés” et pas mal d’entre ceux-là vivent “avec leurs enfants”, on renifle très vite les hommes mariés en chasse, bien planqués derrière leur absence de photo… “Je suis chef d’entreprise ou cadre sup sup, il est délicat de mettre ma photo”, disent-ils souvent. Un jeune loup d’une multinationale genre directeur régional Afrique et divorcé, dit-il, m’envoie ses photos de vacances dans un pays exotique et trouve que je suis vraiment très perspicace lorsque je lui demande si le bob vert et le dos à droite, oui bien à droite sur la photo 12 appartient bien… à sa femme. (Ben oui, c’était la seule femme blanche de la photo !). La disparition soudaine et définitive du jeune loup confirme mes pires craintes.

Très vite, je comprends la force de l’écran et ses multiples possibilités de dissimulation. De ce fait, très vite, j’annonce, par ailleurs, aux hommes de ma famille et du cercle de mes amitiés que je suis sur meetic. Ne manquerait plus qu’une idylle virtuelle se noue avec… mon frère sous pseudo lui aussi, par exemple. Ou mon père. Ou mon ex. Ou… Ben oui, avec cette existence parallèle à la réalité où tout le monde peut se réinventer sous un autre jour, les probabilités de l’inceste involontaire se resserrent, chaque jour davantage sur la toile. Je brame donc partout que je suis inscrite sur un site de rencontre. Les réactions de mes proches ne se font pas attendre : “Trop dangereux, tu vas te faire assassiner. Sors de là immédiatement !” (ze father très inquiet), “Tu en es là ? A ce point !” (ze brother msmoum), “Pas question que ma fille soit dans les parages si tu rencontres quelqu’un, il n’y a que des psychopathes sur le net, c’est très dangereux” (Mon ex, le père de ma fille très très inquiet), “Et tu vas mettre ta photo ?

Mais tout le monde va te reconnaître” (mon meilleur ami qui me prend pour ce que je ne suis pas), “Mais meetic n’est-ce pas payant pour les hommes et non pour les femmes ? Quelle discrimination honteuse ! De toute façon, Meetic ne fait que corroborer le fait que les relations hétérosexuelles sont, au pire, naturellement perverses, au mieux, totalement déséquilibrées !” (mon copain gay qui a vraiment raison), “Le net est l’espace de rencontre entre un homme et une femme le plus sain qui puisse exister. Le cérébral l’emporte largement sur toutes les autres fonctions relationnelles et le temps de l’échange, les protagonistes sont délestés des préjugés habituels de la réalité matérielle et sociale”, (un ami, ancien prof de littérature française à Berkeley en 1967 et complètement addict au net). Les copines, quant à elles, sont curieuses.

Comme souvent dans la vie lorsque l’on s’enferme dans un trip monomaniaque, j’ai l’impression de ne lire que des articles élogieux sur les sites de rencontres sur le net dans toute la presse. Meetic entre à la Bourse et son fondateur a droit à un portrait d’une page dans “Le Monde”. Et puis, ce chiffre fort s’il en est de l’Insee : 1 européen sur 5 aurait fait une rencontre sur le net en 2005. Ça ne rigole pas : j’accoste sur la falaise d’un véritable phénomène de société.

Après quelques soirées passées dans l’écran, l’aspect pratique de l’architecture du site ne me rebute plus. Des chats s’engagent avec les uns et les autres, autour de tout et n’importe quoi : dans quelle ville, encore roots, du Maroc acheter une résidence secondaire sans touristes alentour, l’affaire Clearsteam, l’architecture de Casa, les chansons de PJ Harvey, le rapport entre la création de logiciels et la musique contemporaine, la place des enfants dans les familles recomposées, la France en déclin ou pas, Beyrouth sous les bombes, la journée type d’un serveur à LA, des fous rires où Joséphine_375 doit détourner un avion now avec ses lunettes noires pendant qu’Arthurlefatidique effectue sa mission dans la banlieue sud de Lille, Saâd de Sidi Kacem qui déclare avoir “trop de problèmes dans la vie”…

Bref, je voyage, apprends deux ou trois trucs, discute longuement et me fais plein de potes qui, chaque jour, viennent me dire bonjour et avec lesquels un lien se crée… Bien entendu, au milieu, je reçois des mails du genre “Bravo, vous avez gagné la seconde semaine ! Oui, je suis un homme marié. Ma femme et moi sommes très ouverts d’esprit et de corps pour toute nouvelle rencontre à deux ou à trois. A bientôt. PS : vous êtes plus belle en réalité que sur la photo !” (hicham de casa69) qui déclenche instantanément ma parano, ou encore un kingpink londonien, un peu agité, qui m’envoie un “Good Bye” pour le moins agacé parce que je n’ai jamais répondu à son injonction mailée de le contacter directement : “So, you came, you saw, you turned your nose up… not good enough for you, hey ??? Too old perhaps, you’d prefer some skinny kid who is still rattling his stick on the railings… some spotty half-formed adolescent whose idea of a good meal is a bag of crisps and a GLASS of Coke. Me, my bite is bigger than my bark, or is it racism ??? Bloody English ! Roast beef and frozen women, cold showers and warm beer… (…)” Malek, yak labbass kingpink ?!!! Ou encore des passages récurrents de “thousanddollarsonenight” qui vient me faire des appels de phare aussi clairs que son nickname…

Tout ça fait partie évidemment du décor mais de façon globale, le casting meetic est d’un… bon niveau. Des échanges sympas d’encouragement réciproque dans la quête du Graal, des flashs aussi que j’envoie seulement sur les profils qui me semblent cohérents et humbles (car il y en a beaucoup de bad boys qui se décrivent comme “très agréable à regarder” et gagnant “au-dessus de 100.000 euros/an” avec juste “un bac” et “autres” à la case profession…) et des mails très… gentils que je reçois. Car en majorité, les boys d’ici ou d’ailleurs, jouent la carte de la gentillesse dans leur démarche de séduction. C’est une vraie surprise : sur ce site, la majorité des hommes cherchent… le grand amour, la partenaire de vie, la compagne d’une solitude et ne sont pas strictement guidés par le “one shot sexe” (comme je le pensais avec mes préjugés sur les rencontres du net).

Les hommes sont virtuellement romantiques, c’est une bonne nouvelle. J’en parle autour de moi aux copines solos : non, je n’ai pas rencontré l’âme sœur, mais c’est vraiment là que j’ai toutes les chances de la rencontrer, un jour, c’est sûr. Les copines s’inscrivent. “Charlenri”, le beau Charles-Henri aux 4.500 flashs reçus, si convoité donc, daigne se fendre d’un mail éblouissant sur la difficulté géographique de prendre l’un et l’autre un verre sur une terrasse de café près des librairies du VIème arrondissement alors qu’à l’évidence tout nous rapproche. Wow le shoot !

De son côté, Meetic joue son rôle d’entremetteur avec, toutes les semaines, de nouveaux produits qui ciblent la quête du partenaire idéal : de la liste quotidienne 20 célibataires de la région au service Ulteem doté de son test psychologique aux 98 questions et autres services proposés de la rencontre du XXIème siècle. Clair, efficace, de plus en plus précis… et addictif ! Chaque jour, on revient voir ses copains, classer ses mails, spoter les flashs reçus, se promener dans le faux labyrinthe ou… pas. 30 secondes ou 3 heures, c’est selon du banal “bonjour, ça va ?” à la découverte des liens sémantiques du Celte antique et de l’amazigh sans parler de l’imagination (et des rires) qui s’emballe autour de l’écriture de courts métrages déjantés.

Sur l’écran, ça se lâche et… bien. Dans l’échange écrit, on se retrouve très vite à fusionner avec un autre cerveau, à être imprégnée de la musique intérieure de l’autre et la possibilité immense que donne le clavier de s’y ajuster à la nanoseconde près. Rien de comparable ne peut exister dans la réalité palpable et matérielle entre deux humains plombés par le décryptage de la communication non verbale. Rien. Derrière un écran, juste le verbal circule telle une balle de ping-pong entre deux esprits : toutes les émotions sont démultipliées, s’incarnent dans le corps, deviennent une aura invisible dans notre quotidien et changent la perception de notre vie…

Une nouvelle drogue, douce ou dure selon l’usage, avec ses lumineuses montées extatiques et glaciales descentes en enfer du manque ? Cela me semble évident en moins de deux mois ! Je capte totalement l’engouement international autour des sites de rencontres. C’est évident, bientôt, l’amour ne pourra plus se rencontrer en dehors du net. C’est déjà le cas, çà et là ? Oui, mais là, ce sera volontaire ! Même si une partie de mon esprit me dit que tout ceci n’est pas humain, l’autre moitié m’affirme qu’en 2006 et pour nos modes de vie urbains de plus en plus sophistiqués, l’abstraction même affective fait et fera partie intégrante de notre réalité. Et que, autre bonne nouvelle, ce ne sera pas obligatoirement triste…

Bilan du tour de piste : ai-je j’ai rencontré quelqu’un dans la réalité ? Oui. Deux fois. D’abord, j’ai rencontré “Godeffroy de Montmirail” depuis le XIème siècle, ingénieur âgé de 27 ans à Casa. Vouvoiement de rigueur, humour dévastateur, intelligence suraiguë, délicatesse presque surannée et extrême timidité remplie de nœuds inhibés ; je pars totalement en vrille dans la folie du coup de foudre virtuel. Après un héroïque, mais alors vraiment héroïque, dépassement de nos peurs respectives, nous nous rencontrons dans la réalité. De sourires en sms casaouis en fous rires, tout ira de mieux en mieux jusqu’au moment où il m’annonce, la bouche en cœur, que son projet de vie est d’avoir 7 enfants.

Je ne savais même pas que cela existait encore d’avoir envie de faire 7 enfants ! Don’t act ! Godeffroy est devenu depuis un ami, un vrai, un grand et bel ami. Et puis il y aura Mehdi, 43 ans, chef d’entreprise pas marié, avec qui je vais partager d’interminables coups de fil avant d’accepter de le rencontrer. Entre mille et un sujets intéressants par ailleurs, il me pose, souvent, très souvent, des questions insistantes et précises sur mon apparence physique (combien de kilos exactement ? Et où ? Et la couleur de mes cheveux ? Et de mes sourcils ? Et la longueur de mes jambes ? etc.) qui me mettent une pression infernale. Mon physique avec tout ce qu’il a de plus normal ne sera jamais à la hauteur des exigences de Mehdi.

Ohlalalala, quelle angoisse ! Je repousse au maximum du maximum la rencontre dans la réalité. Jusqu’au moment où, poussée par les copines, j’y vais mal, super mal, lestée de la sensation d’être moche, lourde et âgée de 102 ans persuadée que le sosie de Johnny Deep va me smatcher droit devant. Au rendez-vous : un Mehdi tout satisfait m’accueille. Je le regarde, stupéfaite, réellement stupéfaite : il est d’une maigreur absolue, 50 kg sur 1m80, maigre des pieds jusqu’au visage. Laid, extrêmement laid ! Je n’en reviens pas qu’un homme aussi laid ait pu être aussi exigeant sur mon physique ! Le boy est tellement satisfait de lui, sûr de son statut social “de mec blindé que toutes les filles s’arrachent” qu’il en incarne l’ignorance absolument imbue d’elle-même. L’horreur ! Durant deux heures, je donne le change, estomaquée devant tant d’arrogance sociale et de misogynie confondues. Don’t act ! Il n’est pas devenu un ami.

Et c’est tout. Virtuel ou pas, je donne du temps au temps de l’amour. En attendant, une copine que j’ai poussée à s’inscrire vient de trouver le big love.
Ainsi que la tante d’une autre copine. Et même d’une autre encore qui se marie, cet été. Quant à moi, j’ai plein de nouveaux amis tous spécialisés dans un métier (architecte, avocat d’affaires, ingénieur informatique, telecoms…) qui sont toujours là pour m’aider et me conseiller dans la jungle low du quotidien. C’est inestimable et, peut-être, mieux encore que le Prince Charmant. Peut-être…

www.femmesdumaroc.com  
en_public2.jpg
 

ArtSouk, Promotion du Patrimoine, de la Culture et de l'Artisanat Marocain
Siret : 451 157 200 - CNIL 881676 Copyright ArtSouk 2011
Mentions légales Contactez-nous Paiements sécurisés